Nomination de Darmanin, loi « sécurité globale » et loi LPPR : la dérive autoritaire de Macron ?

Le 2 décembre 2020, l’association Liberté d’Aix’pression a organisé un débat sur les sujets d’actualité, à savoir, la nomination de Darmanin comme ministre de l’Intérieur ayant eu lieu le 6 juillet 2020, la loi sur la sécurité globale, dont l’article 24 fait grand débat en France ou encore la loi LPPR concernant en fait la privatisation des thèses des doctorants. Le débat a commencé par une brève présentation de ces 3 thèmes et les participants ont notamment partagé leur expérience de l’ambiance aux manifestations contre la Sécurité globale qui avaient lieu le samedi 28 novembre dans différentes villes, manifestations qui ont été pour la plupart caractérisées par une ambiance calme et pacifique.

Contextualisation des sujets de débat

Ces 3 décisions du Président Macron ont fait couler beaucoup d’encre et continuent d’ailleurs aujourd’hui. Comme l’a été dit par les organisateurs du débat lors de leur présentation, la nomination de Darmanin est controversée pour plusieurs raisons.  En effet, Gérald Darmanin fait l’objet de lourdes accusations comme étant une personne homophobe du fait de la découverte d’un tweet où il signale son opposition au mariage pour tous. Ce n’est pas la seule accusation qui pèse sur cet homme politique comme peut en attester les affaires de viols et d’harcèlement, à l’instar de Sophie Paterson, une sympathisante de l’UMP accusant le ministre de l’Intérieur de l’avoir contrainte à un rapport sexuel non consenti en 2017. De plus, la controverse qui anime la scène politique depuis sa nomination ne fait que s’accroître avec les décisions que Gérald Darmanin, étant présenté comme à l’origine de la loi de la sécurité globale, loi très controversée, qui est en fait d’origine parlementaire. Cette loi permet l’élargissement du périmètre d’action de la police. Cependant, bien que cet élargissement puisse être contesté, c’est bel et bien l’article 24 qui est l’objet de tous ces mouvements, il interdit notamment de filmer des éléments pouvant amener l’identification d’un policier sous peine d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende. Cet article, qui reste très vague, peut s’avérer dangereux entraînant même l’opposition à cette loi au sein même du conseil des droits de l’homme de l’ONU qui exprime son inquiétude face à un tel texte pour le respect de la liberté d’expression, la réunion pacifique ou encore le droit privé.  Enfin, une autre décision qui a soulevé l’opposition est la loi LPPR. Cette loi sur la recherche, qui avait été mise en standby pendant le 1er confinement mais qui a été depuis repris a entraîné une profonde émulation des universités avec des mouvements de protestation comme le mouvement écran noir. La loi LPPR concerne de fait les thèses des doctorants et souhaite une privatisation. Une privatisation des sujets de thèses avec l’apparition de « top tendance » comme le terrorisme et la radicalisation entraîne une crainte chez les doctorants de la disparition de certaines matières du fait qu’il s’agirait de commandes non plus de l’Etat mais d’organismes privés qui contraindraient les chercheurs. De plus, la protestation n’a fait que s’accroître avec l’ajout d’une close indiquant que l’occupation des locaux de la fac seront désormais passibles de 45 000 euros d’amende et de mois de prison. Sachant que le seul moyen véritable de faire grève dans une faculté est d’occuper les locaux, cette close empêche et élimine les principaux moyens d’action des syndicats étudiants : il s’agit d’un véritable cavalier législatif, soit un phénomène consistant à essayer de faire passer des closes qui n’ont aucun lien avec la loi en question.

La nomination de Darmanin, la bonne solution pour Macron?

Le débat a d’abord commencé au sujet de la nomination de Darmanin et ainsi savoir si le Président Macron a eu raison de le nommer en dépit des accusations de viol dont il fait l’objet. Beaucoup ont évoqué le principe de la présomption d’innocence pour une raison de sa nomination. Cependant la majeure partie de ces personnes ont aussi rappelé que le ministre représente les Français et la France à l’étranger et que donc, certes d’un point de vue juridique il n’y a aucun problème avec la nomination de Darmanin comme ministre de l’Intérieur du fait de la présomption d’innocence mais que, d’un point de vue éthique, un Président de la République aurait dû éviter de choisir une personne accusée de viol pour un poste important au sein de son gouvernement. Certains pensent alors que cette nomination de Darmanin au ministère de l’Intérieur est un faux pas politique du Président Macron à cause de la controverse qui entoure cette affaire.  En effet, il faut dire qu’il peut paraître gênant pour un gouvernement d’avoir pour ministre de l’Intérieur un homme accusé de viol car cette nomination peut avoir de graves conséquences dans le sens qu’une telle nomination entraîne une grande perte de crédibilité du gouvernement à l’égard de la population. Le débat a permis aussi de faire remarquer que la nomination de Darmanin est problématique non pas uniquement à cause de l’affaire de viol pour ses actions en tant que ministre de l’Intérieur, mais aussi du fait des actions qu’il peut entreprendre en tant que ministre, les procès pour viol à l’encontre de Darmanin étant en soit un facteur qui divise la population, la justice lui ayant donné raison à 2 reprises et ayant ré-ouvert le 3ème dossier pour des détails de formes et non de fonds. Sa nomination a d’ailleurs entraîné selon certaines personnes un ensemble de dérive autoritaire dont il faut se méfier comme montre la dangerosité de ces propos d’après un grand nombre de personnes du débat.

Le mal du siècle c’est que les Français ne se soumettent pas à l’autorité 

Gérald Darmanin

Toutefois, cette nomination a été expliquée dans le débat comme une véritable stratégie de la part du Président Macron car la nomination de Darmanin au ministère de l’Intérieur permet de fidéliser l’électorat de droite du fait de son bord politique, alors que nous avons pu remarquer la même démarche en ce qui concerne l’électorat de gauche avec la nomination d’Eric Dupont-Moretti à la tête du ministère de la Justice. Il y aussi posé la question de la raison pour laquelle le Président Macron a laissé autant de liberté à Darmanin et il y a eu un commun accord pour dire qu’il s’agit là encore d’une stratégie politique du Président Macron pour occuper les médias de manière à faire diversion en quelque sorte. Beaucoup ont aussi évoqué la nomination de Darmanin comme étant la continuité, une « suite logique de l’hypocrisie d’Emmanuel Macron » pour l’égalité homme/ femme notamment.

La loi de sécurité globale, une atteinte à nos libertés ?

En ce qui concerne le débat autour de l’article 24 de la loi de la sécurité globale, qui est elle aussi considérée comme une forme d’hypocrisie de la part du gouvernement, il a été rappelé par un participant la diffusion d’un grand nombre de fake news sur cet article qui n’interdit pas en soit de filmer les policiers comme certains ont pu le prétendre mais son défaut est son écriture qui reste très flou, vague et tordu pouvant amener à des confusions et des interprétations. L’intégration de l’article 24 en fait pour unique but de satisfaire les syndicats de police. Cet article peut, du fait de son écriture peu claire, s’avérer dangereux du fait des dérives qu’il implique sur la liberté d’expression et d’informer. Nous pouvons de fait assister à un retournement de situation par rapport à 2016 selon les participants au débat. En effet, bien qu’il ait été confirmé en 2016 que la liberté de diffuser des informations primait sur le droit à l’image des policiers, nous assistons à une inversion avec cet article 24 où le droit à l’image prime désormais sur la liberté d’informer. Comme ça a pu être dit dans le cadre du débat, les dérives peuvent facilement arriver comme nous pouvons voir que quelques policiers prennent cette loi pour acquis et agissent comme si elle était déjà passée, certains s’étant déjà permis de supprimer des images et d’empêcher les journalistes de filmer comme a pu malheureusement l’illustrer la violence perpétrée par un policier envers un journaliste qui souhaitait couvrir l’évacuation du camp de migrant le lundi 23 novembre au soir. Cependant il a aussi été rappelé que, bien que l’article 24 de la loi sur la sécurité globale fait grand bruit et peut être dangereux, l’article 25 ne doit pas être oublié, article encourageant et autorisant le port d’arme des policiers en dehors du cadre de leur fonction. De plus, il est essentiel de rappeler qu’une telle loi avec des articles comme l’article 24 ne peut que faire réagir les Français, faisant suite directement à toute cette vague de contestation des violences policières dont les vidéos font office de preuves. Cette loi et en particulier l’article 24 a été considéré pour la plupart comme « liberticide » car le fait de filmer la police est la seule arme de certaines catégories sociales pour contrer les abus de pouvoirs d’une partie des policiers. Le problème majeur de cet article 24 n’est donc autre que son écriture qui ouvre malheureusement la porte à nombre de dérives, liée en fait aux violences policières dont cette loi, si adoptée, « protège les policiers violents« . Selon une partie des participants au débat, l’hypocrisie du gouvernement est aussi présente dans l’article 24 qui précise que les vidéos pourront être transmises à la justice tout en restant flou. Enfin, les raisons de l’article 24 avancées par le ministre Darmanin sont la violence perpétrée non pas par les policiers mais envers les policiers.

La loi LPPR, une atteinte aux travaux des chercheurs ?

En ce qui concerne la loi LPPR, plus méconnue que la loi sur la Sécurité globale, il a été entendu que l’État français devait investir dans la recherche et ne surtout pas les hiérarchiser. La crainte d’une partie des participants au débat a été exprimée sur la dangerosité de privatiser les recherches universitaires puisque ça entraînerait une précarisation des doctorants et des chercheurs dans les matières peu financées comme la sociologie, la science politique et bien d’autres. De plus, cette loi pourrait malheureusement supprimer l’indépendance et la transparence sur les recherches. En effet si une entreprise finance les chercheurs comme le veut la loi LPPR, les conclusions des mêmes chercheurs devront être en adéquation avec l’entreprise et empêcherait alors aux chercheurs d’effectuer leur travail correctement car celui-ci et son travail final serait toujours biaisé par les volontés de cette même entreprise.

La politique de Macron, simple stratégie ou véritable conviction?

Pour conclure de ce débat fort enrichissant organisé je le rappelle par l’association Liberté d’Aix’pression, nous avons pu voir que la nomination de Darmanin au ministère de l’Intérieur tout comme la loi sur la sécurité globale avec son article 24 ou la loi LPPR sont des sujets d’actualité sensibles. À travers le partage d’opinion sur de tels sujets, il a pu être conclu pour les participants au débat que ces sujets épineux sont en fait « l’illustration même du virage à droite très autoritaire » que semble prendre le Président Macron. Encore reste-t-il selon ces mêmes participants à déterminer si ce tournant est un simple calcul et stratégie politique ou s’il s’agit véritablement un tournant par conviction, qui dans ce cas précis aurait de quoi inquiéter plus d’un.

Anaïs Velay

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