Le reconfinement des étudiant.e.s: une violence symbolique ?

Le vendredi 30 octobre, le reconfinement prenait place dans la ville aixoise, obligeant près de 1000 étudiant.e.s de Sciences Po Aix à rester chez eux. Le mode distanciel de suivi des cours devient désormais la norme après des semaines en hybride. Le temps idéal pour faire un point sur la situation et se poser la question du fait d’être jeune dans les années 2020 pour bon nombre d’entre nous.

Solenn, étudiante en première année et confinée chez ses parents

Déjà plus d’une semaine que chacun et chacune ronge son frein chez soi confiné. Les conditions ne sont pourtant pas exactement les mêmes que lors du dernier confinement. Quatre des huit personnes interrogées dans le cadre de cet article déclarent vivre seul.e.s, alors que pour la plupart des sondés, le dernier confinement était familial. Tentative de vivre l’expérience en solo, impossibilité de rentrer chez ses parents, volonté d’éviter une situation familiale délicate sont autant de raisons présidant à la décision de vivre ce reconfinement en solitaire. Pourtant, ce changement de conditions de confinement n’est pas le seul dans une longue liste de différences vis-à-vis du premier en mars. Mariama, étudiante en première année, confinée chez ses parents à Toulon, explique qu’elle a « l’impression d’être confinée toute seule car la vie suit son cours avec du monde dehors » et ajoute qu’elle trouve illogique que certains étudiants comme en BTS et en STAPS continuent d’aller en cours en présentiel alors que ce n’est pas le cas à Sciences Po Aix où le distanciel fait actuellement ses preuves.

Du distanciel au décrochage, il n’y a qu’un pas … ou pas !

Le mode de suivi des cours à distance dispose de peu de partisans parmi le corps étudiant. En effet, nombre d’entre eux pointent le manque d’interactivité des cours, la baisse de motivation générée par la situation ou encore la difficulté de se concentrer pleinement. Alors que les TD fonctionnent globalement bien du côté des étudiants, les cours dits en amphithéâtre génèrent un relatif décrochage pour certains. « En amphithéâtre, c’est très compliqué […] Avec la visioconférence, j’ai complètement décroché. On a perdu le peu de lien qu’on pouvait avoir en présentiel et je n’arrive pas à rester concentrée devant un écran pendant deux heures » témoigne Solenn, étudiante en première année confinée chez ses parents. De son côté, Cléophée, étudiante en première année, aussi confinée dans sa famille, insiste sur les distractions comme le portable ou l’absence de contrôle social. A ce titre, une autre étudiante avoue développer des stratégies quand elle est en cours, comme le fait de dire que le micro ne fonctionne pas quand elle n’a pas fait un devoir. Et à elle de conclure, dépitée, que le confinement fait prendre de mauvaises habitudes aux étudiants et étudiantes.

Cléophée, étudiante en première année et confinée chez ses parents

Une étudiante étrangère en quatrième année à Sciences Po Aix va plus loin encore. Ana vit seule dans son appartement à Aix. Elle confie qu’elle passe près de huit heures par jour devant son ordinateur, ce qui lui génère des problèmes aux yeux ou des maux de dos. Par ailleurs, les conséquences du mode de suivi distanciel peuvent s’avérer problématiques pour l’avenir des étudiant.e.s. Cléophée le concède « Je suis sûre qu’on s’adaptera à ce nouveau mode d’apprentissage, mais oui il y aura des conséquences au niveau des résultats.« 

« C’est dur. Je suis complètement étonnée, il n’y a aucun jour où je ne travaille pas sur mes études. Et c’est pas pour être étrangère. Même pendant la semaine allégée, je n’ai pas du tout ressenti que c’était allégé. Mais dans mon cas, j’ai deux jobs, car c’est moi qui finance mes études et ma vie, pas mes parents. Alors, c’est vraiment compliqué de tout gérer. Je n’ai presque pas de vie sociale, juste peut-être de temps en temps avec mon copain quand il vient à Aix. Sinon, je n’ai pas le temps pour faire des soirées, ou des activités associatives, etc.« 

Ana, étudiante étrangère en M1 EA1

Étonnamment, dans ce monde pessimiste, une voix dénote. Pauline, étudiante en première année confinée chez ses parents, préfère le distanciel en ces temps de pandémie mondiale. Alors que les autres interrogés consacrent le présentiel, apprécient le comodal et subissent le distanciel, c’est tout l’inverse pour la jeune femme qui se veut optimiste. « Le distanciel ne me pose pas plus de problèmes » déclare-t-elle relatant son expérience de confinée où son attention, sa concentration et sa motivation restent peu ou prou intactes. Et à Pauline de marteler qu’il « faut rester positif !« . « Il y a les films de Noël, il y a Netflix, il fait beau !« . Consciente que son enthousiasme n’est pas partagé par tous ses camarades, elle fait malgré tout preuve de pragmatisme vis-à-vis de la situation, expliquant une sorte de devoir de se protéger et de protéger la population avec ces nouvelles mesures. Pour elle, « le confinement est un acte solidaire !« .

Témoignage de Pauline, étudiante en première année confinée chez ses parents
Pauline, étudiante en première année, confinée chez ses parents à proximité de grands espaces

« Sentiment d’injustice », « sacrifice », « violence »: quels mots emploient les étudiant.e.s pour décrire ce reconfinement ?

Le reconfinement intervient en France alors qu’à peine deux mois se sont écoulés depuis la rentrée scolaire. Partiellement amputée de la majeure partie de ses évènements, cette année s’annonce compliquée dans l’accomplissement de sa vie sociale. Si de nouvelles sociabilités existent désormais avec les réseaux sociaux, l’ensemble des personnes sondées vit difficilement ce soudain isolement. En ce sens, Cyprien, étudiant en première année et confiné seul dans son appartement à Aix, confie réfléchir à braver les interdits du confinement pour rejoindre des amis dans un parc ou pendant qu’il fait ses courses. Il dit avoir « mal vécu l’annonce du confinement et les dernières heures de libertés avec [ses] amis« . L’étudiant n’hésite pas à parler de violence en ce qui concerne son sort et celui de ses camarades. Constat partagé par Paul-Emile, en première année et confiné seul à Aix aussi, qui associe la violence du confinement à la privation de liberté à laquelle le corps étudiant est soumis. Même s’il dit « accepter cette forme de violence« , il s’insurge contre la responsabilité que le gouvernement tente selon lui de mettre sur le dos des étudiants.

« Oui, je pense que c’est vraiment un sacrifice qu’on nous demande. Cela va faire un an qu’on ne peut plus vivre tout ce qu’on devrait vivre à nôtre âge; et la jeunesse ce n’est pas infini. Certes on n’a pas le choix et je le comprends bien, mais je pense aussi que ce reconfinement est une forme de violence.« 

Lili, étudiante en première année et confinée seule sur Aix

De son côté, Cléophée ne veut pas parler de violence tout en évoquant un certain « sentiment d’injustice » qui se diffuse parmi les étudiants vis-à-vis du différentiel de traitement entre les écoles et lycées face à l’établissement d’enseignement supérieur. D’autres étudiantes refusent aussi de qualifier ce reconfinement de violence dans le sens où il est nécessaire dans un contexte sanitaire pour le « bien être de la communauté » selon Mariama. Avis partagé par Ana considérant que les sorties étudiantes et autres activités sociales peuvent être reportées dans un futur relativement proche.

« La première violence, c’est celle du virus »

Enfin, Lundi 2 Novembre, Solidaires Etudiant.e.s de Sciences Po Aix a lancé sur Instagram un appel à tous les étudiants et étudiantes en difficulté durant le confinement à se rapprocher du syndicat dans le but de leur proposer de l’aide et du soutien. Une initiative qui s’adresse aux personnes rencontrant des problèmes financiers, un isolement, une difficulté à suivre les cours à distance ou une perte d’emploi. Parmi les mesures mises en place par les différentes sections du département, « il y a un McDo occupé tournant en autogestion à Marseille. Concrètement ce sont des gens qui ont récupéré le local pour en faire une cuisine qui donne à manger aux personnes les plus précaires » avec pour projet de lancer une collecte de fonds, détaille Clément un membre actif du syndicat. Par ailleurs, Solidaires souhaite aussi organiser des distributions de repas au plus vite.

Derrière ces mesures, une certaine vision. « La première violence, c’est celle du virus » assène Clément. Ce dernier partage le point de vue de certains étudiants précédemment interrogés qualifiant le confinement de violence non négligeable mais insiste plus sur la peur d’un avenir « en hypothèque » chez les élèves de l’enseignement supérieur. Se fondant sur son expérience personnelle, il en vient à la conclusion que le confinement exacerbe les difficultés déjà existantes des étudiant.e.s comme la précarité. Confinement d’autant plus compliqué pour les personnes en situation de handicap ou affectées par des problèmes d’ordre psychologique.

Quelle fin pour ce reconfinement ? Si certains se hasardent à croire qu’il prendra fin, comme prévu initialement, le 1er décembre, d’autres se montrent plus pessimistes voyant même celui-ci durer jusqu’à la fin janvier. La question d’une « mi-temps » à Noël s’accompagne nécessairement de celle de « prolongations » à la rentrée de Janvier, comme l’exprime Paul-Emile. En somme, tel que l’analyse justement Clément à la fin de ses propos: « on verra« .

Garis Gentet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s