Voyage en Pologne sur les traces de l'Histoire : cri d'espoir et devoir de mémoire

Aujourd’hui, Mélissa te propose de revenir sur le voyage en Pologne organisé par l’association Excalibur et l’administration de Sciences Po Aix. En effet, du vendredi 6 mars au lundi 9 mars, trente élèves de la première à la quatrième année, ainsi que six accompagnants du corps administratif et professoral, se sont rendus à Cracovie. Ancienne capitale du Royaume de Pologne, Krakow est aujourd’hui la capitale culturelle du pays.

Les participants ont pu profiter de cette richesse architecturale, mais ce voyage s’est avant tout déroulé dans une visée historique. Convivialité et devoir de mémoire se sont ainsi entremêlés tout au long du séjour.

Un départ au contexte particulier

Ce voyage en Pologne était prévu de longue date. Carole, élève de quatrième année, nous raconte comment elle en a été informée et pourquoi elle a décidé d’y prendre part : « J’ai entendu parler du voyage par Facebook, car Excalibur mentionnait dès septembre ce voyage dans le programme de l’association. J’ai choisi d’y participer car Auschwitz et la Pologne sont des lieux d’Histoire liés à la Shoah où je souhaitais me rendre depuis longtemps pour réaliser physiquement / concrètement l’ampleur du génocide. Je tiens à souligner l’engagement financier de Sciences Po qui nous a logé et réduit le coût de ce voyage autant que possible. Grâce à Excalibur et l’administration, on a eu des bons guides et un voyage complet de qualité. »

Toutefois, si les places disponibles ont rapidement été prises, le contexte sanitaire actuel a quelque peu changé l’organisation, comme l’explique Alicia, vice-présidente de l’association Excalibur : « D’abord, ce voyage pédagogique s’inscrivait dans le cadre de la mission de lutte contre les discriminations que mène notre école. Ainsi, nous avions compté dans les 36 participants, 10 lycéens du lycée Saint Exupéry de Marseille qui participent au programme IEPEI, le programme d’Etudes Intégrées des IEP. Il y avait la volonté de créer une sorte de parrainage entre les étudiants de Sciences Po et les lycéens de sorte que les iepiens puissent encadrer un lycéen durant le voyage. Mais, la récente crise sanitaire du Covid-19 et les déclarations du Ministère de l’Education Nationale une semaine avant notre départ ont bouleversé toute l’organisation et ont obligé les lycéens à rester en France. Cela a été une grande déception pour nous de partir sans eux. J’espère que nous pourrons nous rattraper l’année prochaine en leur permettant de partir cette fois-ci ! » C’est ainsi que dix nouveaux participants ont rejoint cette aventure quelques jours seulement avant le grand départ.

Photo 1 à 5 : visite de Cracovie, de jour comme de nuit (crédits photos : Solene Abdelkrim, Carole Girard, Amélie Isaac, Solene Abdelkrim, Péroline Rouillard).

Photo 5 et 6 : visite des camps d’Auschwitz et d’Auschwitz-Birkenau (crédits photos : Solene Abdelkrim et Péroline Rouillard).

Photo 8 et 9 : visite du quartier juif (crédits photos : Péroline Rouillard et Manuela Ayuste-Azadian).

Photos 10 à 13 : le dernier jour, visite de la mine de sel de Wieliczka pour certains et du mont Kosciusko pour d’autres (crédits photos : Péroline Rouillard et Marie-Laurence Heimburger).

Un voyage pour la Mémoire

Si ce voyage s’est déroulé sous le signe de la convivialité, il relevait aussi du devoir de Mémoire. Entre les moments joyeux de rencontre et de partage, la bouleversante visite d’Auschwitz, les soirées dansantes, les temps de réflexion ou encore l’impressionnante descente à 134 mètres dans la mine de sel de Wieliczka, ce séjour fût fort en émotions.

Le dimanche, les élèves et professeurs ont notamment eu l’occasion de visiter leur ville d’accueil, comme le mentionne Alicia : « La priorité de ce voyage mémoriel était de visiter le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, mais le groupe a aussi eu la possibilité de découvrir Cracovie avec une visite guidée sous le thème de la Seconde Guerre Mondiale. Deux guides polonaises, que nous avions contacté six mois plus tôt, nous ont fait découvrir des lieux incontournables de la ville comme le quartier Juif Kazimierz, le musée Rue Pomorska où se trouvait le siège de la Gestapo ou encore le musée Oskar Schindler, situé dans l’usine de cet industriel allemand qui a sauvé de nombreux juifs pendant la guerre. »

Derrière ce voyage se cache en effet toute une préparation qu’Alicia nous précise : « L’organisation du voyage a commencé dès nos prises de fonctions en Mai 2019. Madame Bordet, Directrice de la vie étudiante, nous a proposé ce projet de voyage auquel nous avons répondu positivement sans attendre. Ce projet est une des manières de transmettre la Mémoire, qui je le rappelle, est l’un des piliers de notre association. Il apparaissait dans la continuité de La Semaine de la Mémoire organisée fin Janvier à l’IEP. »

Un voyage permis par une collaboration Excalibur – administration de SPX
Crédit photo : Monsieur Badalassi

Une Histoire à éprouver, discuter et partager

Finalement, un temps de réflexion a été mis en place le dernier soir. Alicia explique cette démarche : « Dans l’optique de faire un bilan de ce voyage mémoriel, nous avons organisé une discussion la veille du départ afin de mettre en commun nos impressions, et surtout de réfléchir à la façon dont nous allions transmettre notre expérience à notre retour. Pour cela, je tiens à remercier les professeurs et membre de l’IEP qui étaient présents ; Monsieur Badalassi, Madame Nonjon, Monsieur Vitse, Madame Lagaune, Monsieur Michalec, ainsi que Madame Bordet. Plus largement, je tiens à remercier Monsieur le Directeur et Monsieur Biglione pour leur soutien tout au long de la conception et la réalisation de ce projet de voyage. »

Ce moment de partage a permis aux élèves comme aux professeurs d’exprimer les émotions et les pensées soulevées par les différentes visites effectuées. Au terme de cette table ronde improvisée, quelques points se sont démarqués : les sentiments de compassion, de tristesse, mais aussi de colère et d’incompréhension face à cette “usine de la mort” que fût le camp d’Auschwitz-Birkenau. Enfin, tout le monde s’est accordé sur la nécessité de transmettre cette Mémoire, notamment car ne pas oublier cette horreur permet de garder un œil critique sur le monde d’aujourd’hui, et ultimement d’éviter que cela ne se reproduise.

Ainsi, le voyage en Pologne ne s’arrête pas une fois rentrés en France ! Les élèves se sont retrouvés quelques jours après le retour afin d’organiser la suite. Dans le contexte actuel de confinement, les idées de table-ronde et de visite au lycée Saint-Exupéry sont repoussées… Néanmoins, un post récapitulatif du voyage est déjà lisible sur le compte Facebook Alex Calibur. De plus, un petit livret regroupant textes et photos pour vous partager cette expérience est en cours de préparation.

Le château de Wawel (crédits photos : Marie-Laurence Heimburger et Péroline Rouillard)

« Une expérience poignante et bouleversante pour chacun d’entre nous »

En attendant de lire ce petit livret, Mélissa est allée questionner quelques élèves pour déjà vous donner un petit aperçu des répercussions de ce voyage :

Quel est l’événement qui vous a le plus marqué, et que voulez-vous en retenir ?

Alicia, 2A : « En tant que participante, ça été une chance pour moi de pouvoir me rendre en Pologne et particulièrement sur ces lieux chargés d’Histoire. La visite du camp d’Auschwitz-Birkenau restera le moment qui m’a le plus marqué, comme la plupart des participants je pense. C’était étrange et bouleversant d’être dans cet endroit que l’on étudie depuis le collège. Le lieu est tellement pesant qu’il est presque difficile de se dire que tout cela a réellement existé. En effet, j’éprouve un sentiment de responsabilité face au présent et à notre futur : il est hors de question que de telles choses, et plus largement la haine qui peut conduire à la destruction de l’autre, puisse se développer de nouveau dans nos sociétés contemporaines. […] On ne revient pas indemne d’un tel voyage, car faut-il le rappeler, se rendre sur les lieux où plus d’un million de personnes ont été exterminées, est une expérience poignante et bouleversante pour chacun d’entre nous. »

Hugo, 2A : « Je dirais que c’est le camp d’Auschwitz qui m’a le plus marqué, parce que les bâtiments sont encore là et qu’ils abritent les différentes parties du musée. On a tous été marqués par les tas d’objets abandonnés par les déportés, comme les lunettes, les chaussures mais surtout les cheveux coupés… Les autres lieux qu’on a visités étaient tout aussi intéressants, comme l’ancien siège de la Gestapo de Varsovie ou encore le musée d’Oskar Schindler, avec une charge émotionnelle tout aussi importante, mais plus tournés vers le point de vue polonais. C’est important de se décentrer en histoire je pense. Finalement je dirais qu’il faut garder à l’esprit que l’inhumain a bien eu lieu et que visiter des lieux de mémoire marquants comme nous l’avons fait pendant ce voyage est essentiel pour ne pas oublier que les hommes sont capables du pire, et donc que ces situations impensables peuvent toujours se reproduire à l’avenir. »

Alyssia, 2A : « Ce qui m’a le plus marqué, c’est la rudesse de ce qu’on a vu. On sait tous ce qui s’est passé en règle générale à Auschwitz, mais le fait d’y aller et le voir de ses propres yeux, ça remet les pieds sur terre et ça rappelle que ça a vraiment existé. C’est un moyen de prévention sur l’avenir : il ne faut pas laisser la haine d’autrui monter, car on voit comment ça peut se terminer. De retour en France, tout m’est un peu retombé dessus… J’y ai pensé, j’en ai rêvé, j’en ai parlé, ça me trottait dans la tête. J’encourage les gens à y aller, il ne faut pas hésiter. Ça permet de développer notre esprit critique. Par exemple, nous ayons eu des guides polonaises et ça se voyait que sur quelques points on avait une histoire différente, mais c’est intéressant de voir à quel point le peuple polonais a été et est encore marqué par cette partie de l’Histoire… Dans un seul pays se trouvaient les camps d’Auschwitz, d’Auschwitz-Birkenau et de Treblinka… »

Céline, 1A : « Le voyage était super bien organisé, toutes les sorties ont bien été choisies. Ce qui m’a le plus marqué c’est peut-être la prison de la gestapo lors de la visite de Cracovie, et évidemment Auschwitz avec la vue des cheveux, valises, chaussures, casseroles etc. parce que à ce moment-là, j’ai vraiment eu une idée plus concrète du nombre de victimes. J’étais face à la réalité et pas devant un film ou reportage… Pour moi, ce qu’il faut retenir de ce voyage c’est de ne jamais oublier ce qu’il s’est passé là-bas, en Pologne et plus particulièrement dans les camps de concentrations. Il ne faut jamais oublier ce que des milliers de personnes ont vécu, et il faut veiller à transmettre leurs histoires pour qu’une horreur d’une telle ampleur ne se reproduise plus. »

Carole, 4A : « Je dirais que, pour moi, ce voyage a été dur, mais vraiment pertinent en termes de prise de conscience sociétale. Le fait d’aller sur place est réellement le meilleur moyen pour s’approprier l’Histoire et faire que celle-ci ait un écho en chacun de nous.  Ce qui m’a le plus marqué reste l’aspect industriel / massif et déshumanisé de ce qu’il s’est passé à Auschwitz et ailleurs. Il est important de retenir, pour moi, la nécessité d’alerter face aux dangers de la méconnaissance et de ses dérives : l’intolérance, la manque d’humanité… Il reste important, plus que jamais, de chercher l’information face à la désinformation massive pratiqués par nos médias pour comprendre les réels enjeux derrière un avis, un fait d’actualité, un discours. Il est important que nous soyons demain des citoyens alertes, qui interrogent le monde qu’ils pratiquent, et qui n’hésitent pas à s’engager par des petits gestes citoyens quotidiens. »

Au camp d’Auschwitz-Birkenau se trouve vingt-et-une plaques, sur lesquelles on peut lire, dans toutes les langues européennes :
« Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. »

Mélissa espère t’avoir rappelé le besoin d’enseigner et de transmettre l’Histoire dans ces dimensions les plus sombres, afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Néanmoins, si ce massacre constitue « un cri de désespoir et un avertissement », ce voyage mémoriel représente un cri d’espoir pour le futur. Comme le conclut si bien Madame Bordet, dans le même temps où vous portez cette mémoire : « Vivez ! »

Pour les plus curieux, le carnet de voyage en cours de rédaction sera bientôt disponible en version numérique, une sage mais stimulante lecture en ce temps de confinement.

La bise humaniste,

Péroline Rouillard

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