Handicap et fin de vie : un enjeu de société

L’évolution de la médecine permet d’améliorer l’état de santé de nombreux individus. Les patients peuvent vivre plus longtemps avec une maladie incurable. Mais l’accès aux soins palliatifs renforcé par la loi Léonetti de 2005 reste encore insuffisant. Et si la loi Léonetti est une avancée dans les droits des malades de fin de vie en appliquant le principe du « laisser mourir » et condamnant l’acharnement thérapeutique, elle ne répond toujours pas à la demande de fin de vie de certains malades. Faut-il aller plus loin et ainsi réintroduire la mort dans notre culture ? Il s’agit bien d’une question de société et citoyenne. Des familles se déchirent, la justice doit trancher et les professionnels de la santé prennent des risques. C’est à cette brûlante question d’actualité que l’association Handikapp a voulu s’attaquer. 

Afin de répondre à cette question, Handikapp a reçu deux docteurs, François BUET et Bernard SENET pour animer la conférence-débat sur le « Handicap et fin de vie : un enjeu de société ». Les deux intervenants ont eu droit à 30 minutes chacun pour exprimer leur point de vue et l’expliciter. François BUET, prêtre de l’Institut Notre Dame de Vie et médecin en soins palliatifs à la clinique Sainte-Elizabeth sur Marseille est le premier à exprimer sa position. Opposant à l’euthanasie, il s’attache à travers une approche personnaliste, à défendre la sacralité de la personne et la nécessité de l’accompagnement spirituel de la personne en soin palliatif jusqu’à sa mort naturelle. Bernard SENET s’oppose à cette vision. Médecin généraliste, membre de la commission médicale de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité), il milite pour la légalisation de l’euthanasie volontaire ou comme il tient à le dire, l’interruption volontaire de la vie. Contrairement à M. BUET, M. SENET considère la mort comme médicalisée et non pas naturelle. L’acharnement thérapeutique n’est pas la solution, plus un problème. Une douleur trop importante, également, peut amener et sans doute justifier le souhait de mourir d’une personne. Il déplore également l’inutilisation et la méconnaissance des directives anticipées qui font pourtant connaitre le souhait d’une personne sur la prise en charge médicale. 

L’évènement organisé par Handikapp a eu lieu mardi 10 mars

Après l’exposé des arguments, s’ensuivent les questions du bureau Handikapp et du public. Le public a montré un réel intérêt en posant des questions pertinentes pour éclairer ou poser les limites des arguments exposés. A partir de ce moment-là, un débat s ‘est mis en place entre les deux intervenants. La question de la volonté de la personne divise. Faut-il seulement prendre en compte la volonté de la personne souhaitant mourir ou également le ressenti des médecins, de la famille, des proches ? Pour une des participantes, le second cas consisterait à vivre sa vie pour les autres au détriment de soi-même. Une question à laquelle les directives anticipées, selon M. SENET, pourraient répondre. Le débat porte également sur d’autres problématiques notamment celles des dérives économiques des services médicaux. S’il y a une chose pour laquelle les deux docteurs sont d’accord, c’est de stopper la très polémique T2A. Cette méthode de financement mesure et évalue l’activité effective des établissements afin de déterminer les ressources allouées. Cela revient finalement à une « course à la rentabilité ». Le problème étant que l’accompagnement des personnes en fin de vie est peu valorisé car bien moins rémunéré. Enfin, lé débat sur la question de l’IVG. L’IVG renvoie à la question de la mort d’un fœtus, ce à quoi M. BUET est formellement contre. Mais dans un autre sens, il est question encore et encore de volonté de la personne.

Ce débat a permis d’exposer deux points de vue très antagonistes, chacun des docteurs ayant des arguments clairs et construits. On a pu prendre en compte les idées adverses, relativiser notre position ou alors renforcer nos idées sur la question. Certains pays européens comme la Belgique ou la Suisse ont légiféré sur l’euthanasie et le suicide assisté. En France, on n’envisage toujours pas l’euthanasie active mais l’heure est plutôt à améliorer la loi Léonetti, notamment l’accès aux soins palliatifs. Mais que l’on soit pour ou que l’on s’y oppose, l’euthanasie ne laisse personne indifférent. Assimilée à un crime en France, il est malheureux que l’euthanasie ne fasse réellement débat qu’à l’occasion de drames médiatisés.

Clémence Butet

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