Vivre l’insurrection à Santiago du Chili

Ecrire un article sur sa 3A paraît, à première vue, simple : décrire la ville, évoquer succinctement les cours à l’université, relater ses différents voyages et surtout parler des rencontres, des locaux ou des internationaux ! Toutefois, quand cette mobilité est chamboulée du jour au lendemain par une crise sociale, il devient alors plus compliqué de mettre des mots sur cette expérience si unique.

Plaza Italia, épicentre des manifestations

Les premiers mois à Santiago du Chili se passèrent normalement. Arrivée en plein milieu de l’hiver chilien, en juillet, je pénètre dans ma casa estudiante, exténuée après plus de treize heures de vol et six heures de décalage horaire. La plupart des étudiants d’échange choisissent une colocation avec d’autres internationaux, située généralement dans le quartier de Providencia, près du centre historique et des universités. Je vivais dans une casa de dix personnes, je recommande vivement : j’y ai rencontrée des personnes buena onda et j’y ai passée des moments inoubliables, entre asados dominicaux et miercoles po déchaînés.

Santiago est une ville étudiante, il y a énormément d’intercambio qui se retrouvent au Barrio Bellavista pour faire la fête et tous les mercredis des soirées en boîte, gratuites pour les internationaux, sont organisées, l’incontournable miercoles po. Le Barrio Lastarria, plus bohème et propice aux cafés, aux cinémas d’art et d’essai est également prisé. Pour une ambiance davantage latino, faire ses courses au marché tonitruant et bariolé de la Vega est un immanquable !

Pour ce qui est de l’université, SPX est en partenariat avec l’Université catholique pontificale du Chili, oui, rien que ça. Retenez la Cato. L’université est, selon eux, la meilleure d’Amérique latine ce qui se traduit par un campus à l’américaine, gazon vert et Starbucks au programme, et aussi par pas mal de travail …  Mes semaines n’étaient pas chargées (quatre cours du lundi au jeudi de 10h à 13h) mais j’avais beaucoup de travail maison avec plusieurs centaines de pages à lire chaque semaine. Faites-vous des amis, divisez le travail et tout ira bien, les examens ne sont pas compliqués.

Vue depuis la Colline San Cristóbal : Santiago et la cordillère des Andes

Vivre à Santiago c’est vivre dans la capitale du pays la plus chère d’Amérique du Sud. Rien n’est hors de prix mais le niveau de vie est européen que ça soit pour la nourriture, les loyers pour les colocs autour de 300 euros ou pour les moyens de transport. Le ticket de métro est particulièrement cher pour le Chilien moyen et c’est ce qui a été à l’origine de la crise sociale, le 18 octobre 2019.

A la suite d’une énième augmentation du prix du ticket, les Chiliens ont commencé à bloquer le métro et à sortir dans la rue … En deux jours, des barricades ont été dressées, des magasins ont été pillés et un grand nombre de de bus, stations de métro ont été brûlés. Le président Piñera a déclaré l’état d’urgence face à l’ampleur soudaine des manifestations : pendant 6 jours un couvre-feu a été ordonné et des chars de l’armée patrouillaient les rues de la capitale.

Les graffitis et le mouvement féministe

En l’espace de deux mois, Santiago a changé de visage : les murs sont devenus de véritables étendards des revendications sociales et politiques du peuple chilien. Les graffitis racontent les inégalités dantesques, sombre héritage de l’ultra libéralisme enseigné par les Chicago Boys au régime dictatorial de Pinochet.  Le Chili ressemble plus à une entreprise qu’à un pays : santé, éducation, retraite, eau, électricité, tout est privatisé. Si la croissance du PIB du Chili ferait rougir la plupart des pays européens, il ne bénéficie qu’à 3% de la population. Ces privilégiés vivent en périphérie de Santiago dans la très chic ville de Vita Cura ou à las Condes, quartier aisé et globalisé de la capitale où s’érige fièrement la Costanera, un mall, la « plus haute tour d’Amérique du sud » ….

Aux manifestations, s’est rapidement ajoutée la grève générale : les Chiliens sont descendus dans la rue pour protester contre des salaires dérisoires (le smic chilien est de 300 euros) face à un coût de la vie démentiel. Etudiants comme professeurs se sont mis en grève, les campus ont été fermés et pour la plupart des intercambio la fin du semestre s’est déroulée en ligne. J’ai terminé mi-octobre au lieu de début décembre, et je devais, par exemple, rédiger des essais et les envoyer par courriel …

Vivre cette crise en tant qu’étrangère ne présentait pas de risques, il suffisait d’éviter les grandes places notamment Plaza Italia, épicentre des manifestations, et suivre intelligemment le fil Ariane. 

Être témoin de ce moment de l’Histoire du Chili était passionnant que ça soit d’assister au vote du référendum pour une nouvelle constitution ou bien encore être présente lors de la célèbre performance féministe « El violador eres tu » .

La fin précipitée des cours ainsi que la baisse du peso chili ont été synonymes de voyages improvisés pour la plupart des étudiants d’échange. De l’aride Salta argentin aux plages tropicales cariocas, j’ai eu l’opportunité de visiter plusieurs pays latinos. Nonobstant, c’est lors de mon trip patagonien, au mois de décembre, que j’ai vu les plus beaux paysages. Entre trekking de huit heures, glaciers imposants et mignons guanacos, ce fut une expérience incroyable.

Décembre, janvier et février correspondant aux grandes vacances d’été au Chili, les manifestations se sont atténuées mais la rentrée de mars avec la journée de la femme et la campagne électorale pour le référendum promettent de nouveaux troubles.

Pauline Gibaud

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