Existe-t-il deux Sciences Po Aix ?

« Pour moi il existe clairement deux Sciences Po » déclare un étudiant de première année.  Loin d’être anodine, cette affirmation résume en fait parfaitement l’impression d’une grande majorité de la nouvelle promotion Marcel Pagnol. C’est avec une image bien précise en tête de ce qu’allait être leur année qu’environ 170 étudiants ont fait leur entrée en septembre 2019 dans notre « grande école en Provence ». Pour savoir ce qu’il en est réellement, nous avons réalisé un sondage auprès des premières années. Après un semestre, l’IEP a-t-il vraiment comblé leurs attentes, tant au niveau du travail que de l’ambiance et de la vie associative ? Tout est-il vraiment si scintillant dans la ville rouge et or ? Nous avons choisi d’illustrer cet article en utilisant des memes parfois caricaturaux réalisés par des étudiants sur Facebook, reprenant avec humour le quotidien des sciences pistes.

Des cours à la hauteur des espérances  ?

Sciences Po Aix a attiré nombre d’élèves pour son célèbre master défense et géostratégie, quand d’autres y ont préféré la ville à taille humaine, le soleil, en vantant « l’héliotropisme » de la cité aixoise. Sciences Po, ayant la particularité d’accueillir des élèves fraîchement sortis du lycée et du cocon familial comme des élèves sortis de prépa ou d’université rassemble une grande diversité de profils. Certains élèves ont ainsi observé « des différences de maturité entre ceux sortant du lycée et ceux sortant d’une première année« . Les étudiants sont donc arrivés avec une expérience et des attentes différentes. Une grande partie des 1A trouve la charge de travail conséquente (de 50% jusqu’à 70%) ; néanmoins la plupart (quasiment 50%) considèrent les emplois du temps comme « normaux ». Le facteur stress fluctue selon les individus et va jusqu’à 40% d’entre-eux, s’échelonnant d’un stress léger à un stress considérable. « Je ne pense pas que l’établissement et son mode de fonctionnement soient un facteur particulier de stress » répond à ce chiffre le directeur des études M. Biglione.

Parmi ces 1A, on a donc ceux qui sont déterminés, qui s’investissent corps et âme dans leur travail. Des tensions et de la compétitivité peuvent être générées pour gravir des places dans le classement et majorer. Cela étant dit, la plupart relate une ambiance respectueuse et studieuse dans les TD au moment du passage des exposés. En parallèle, on a les élèves qui cherchent tout au plus à valider leur semestre, qui privilégient le côté associatif et la vie étudiante. Cela peut donc expliquer les disparités d’appréhension de l’anxiété entre les individus, entre ceux ayant fixé la barre haute et ceux ayant été moins exigeants avec eux-mêmes.  

Crédits: Meme de Lola Buffle

Qu’en est-il de la perception des cours ? Le plus apprécié au premier semestre est le cours d’Histoire de l’Europe qui remporte 53% d’approbation des élèves ! Ainsi, beaucoup apprécient globalement les cours, même si certains d’entre eux ne les ont pas fait « vibrer » : la Vie de l’entreprise totalise quant à elle 0% des suffrages, c’est dire le peu d’attractivité de ce cours ! Néanmoins, certains déplorent le manque de profondeur et la superficialité dans l’enseignement, avec des cours qui resteraient en surface sans pousser la réflexion plus loin. Il va sans dire que Sciences Po prône la pluridisciplinarité et c’est ce qui a d’abord séduit nombre de nos iepiens qui ne se voyaient pas se spécialiser directement à la fac. Il n’en reste pas moins que la quasi-totalité des étudiants a été surprise par la présence des cours de physique au deuxième semestre, bien loin de faire l’unanimité.

Ambiance et vie sociale : faut-il se méfier des apparences ?

Sciences Po Aix est aussi réputé pour son ambiance. Assez parlé des cours : intégration mémorable, soirées toutes les semaines, cohésion et amitiés durables… Mais qu’en est-il en réalité ?

Beaucoup ont trouvé l’intégration de septembre très réussie, soulignant ainsi le rôle majeur qu’ont joué les deuxièmes années : entre l’apprentissage des chants de l’école, les groupes d’intégrations, les premières soirées… « Une intégration beaucoup plus facile qu’à la fac ! » nous a confié un 1A. De nombreuses personnes sont ainsi parvenues à nouer des amitiés durables avec des gens de la promo et des 2A, et à se sentir tout de suite à l’aise. 58,3% des 1A interrogés pensent que les moyens d’intégration ont été suffisants. Une intégration qui s’est renforcée le long des mois qui ont composé ce premier semestre. En effet, de manière générale, on a souligné le côté sympa et ouvert de la promo dans son ensemble, facilitant les premiers contacts : comme l’ont rappelé certains, l’avantage d’avoir une promo assez grande, c’est qu’on rencontrera toujours des gens avec qui bien s’entendre, dans un cadre ou un autre. Ainsi, 78,6% des premières années se sentent intégrés ou plutôt intégrés.

Crédits: Meme de Mattéo Khoudair

Cette cohésion se poursuit aussi grâce aux soirées auxquelles 27,4% des 1A disent participer très régulièrement : leur régularité et leur diversité sont une bonne manière de nouer des relations dans un cadre différent de celui des cours. Il y a aussi les AS, les associations, mais aussi les groupes de TD. Beaucoup ont souligné la bonne ambiance qui règne dans leur groupe, groupe qui reste désormais fixe à tous les cours. Un excellent moyen de resserrer les liens : certains parlent d’un véritable « groupe d’amis », au-delà de simples camarades de classe. « Notre groupe est génial on rigole bien et l’ambiance est bonne, personne n’est laissé à l’écart » nous explique un 1A. Des conditions d’intégration somme toute optimales, garantes d’une bonne ambiance.

Mais en filigrane se dessine une autre réalité, beaucoup moins facile à percevoir au premier coup d’œil. « L’intégration a été assez naturelle comparée au lycée, néanmoins ce n’a pas été le cas pour tout le monde » déclare un 1A. En effet, si pour certains l’intégration s’est déroulée à merveille, d’autres se sont sentis, voire se sentent toujours, assez mal à l’aise. Comment ? Il est donc possible d’avoir du mal à se sentir comme un poisson dans l’eau dans l’IEP ? Eh bien oui, et bien plus qu’on ne le croit.

 Pour certains, l’intégration prend du temps, des semaines voire des mois. Contrairement à ce que beaucoup pensent, se faire des amis n’est pas si facile, et c’est aussi ce qui est ressorti des sondages : 23,8% pensent que les moyens d’intégration n’ont pas été suffisants, et plus de 7% des interrogés se sentent peu ou pas intégrés. En effet, il semble que de véritables groupes hermétiques se soient rapidement formés, rendant plus difficile les rencontres, et créant des tensions. « Il y a des problèmes avec les ragots et les rumeurs qui empoisonnent les relations, ainsi que les listes BDE qui ont fracturé la promotion », déclare un 1A, tandis qu’un autre affirme que « tout le monde crache sur tout le monde, tu penses qu’en quittant le lycée tu vas laisser derrière toutes ces histoires, mais pas du tout ».

Une école, deux ambiances, donc ? Il semble exister une véritable fracture avec certaines personnes qui ont eu du mal à se faire à l’idée d’une intégration basée en grande partie sur les soirées : près de 48% disent s’y rendre de temps en temps ou rarement, tandis que 8,3% n’y vont jamais. « Pour des gens plutôt timides et effacés, qui n’avaient jusqu’alors pas ou peu touché à l’alcool, c’est assez dur », explique un 1A, tandis qu’une autre se confie :

Pour ce qui est de la journée d’intégration, je n’ai pas du tout aimé. J’y suis restée 30 minutes, je n’ai pas aimé l’ambiance, le tout… mais apparemment c’est le ressenti de plusieurs personnes toutes années confondues. À part ça, quelque chose que je n’apprécie pas trop, mais ce n’est qu’une impression, c’est qu’on nous fait sentir notre différence. Le fait de ne pas boire d’alcool ou de ne pas fumer par exemple peut être très problématique pour certains : c’est facteur d’exclusion, et ça vaut pour plein d’autres choses. Pour ma part, j’ai finalement réussi à trouver un équilibre.

Une ambiance et une cohésion globalement bonne, mais loin de faire l’unanimité, donc.

Une vie associative entre dynamisme et manque d’engagement

La vie associative fait partie des fondamentaux de Sciences Po Aix ! Enrichissante pour les uns, manière de se soustraire un instant des cours pour les autres, chaque sciencepiste à sa propre vision des associations. Les premières années découvrent ainsi un aspect non négligeable de leur cursus scolaire.

Quasi-unanimement les 1A font état d’un réel dynamisme. Certains étudiants ont été surpris par une vie associative aussi “explosive”. “On ne s’ennuie pas !” s’exclame l’un d’entre eux. Un véritable engouement pour les associations et leurs événements associés se remarque. Les étudiants expliquent cet attrait pour différentes raison.

Si pour les uns, les associations permettent de vivre leur passion pleinement, pour d’autres, elles sont la possibilité d’une autre socialisation. En plus des « potes de cours« , il y a les « potes d’assos« . “C’est intéressant d’avoir un autre cadre que celui des cours” résume une 1A. Beaucoup notent aussi l’abondance et la diversité des associations. Chaque étudiant avec ses propres centres d’intérêt trouve alors l’association qui lui correspond. Et un étudiant d’expliquer que tout l’attrait des associations provient “d’événements qui ne viennent pas de l’administration mais des élèves eux mêmes”. Cet engouement pour la vie associative se retrouve aussi dans la fréquentation des événements organisés hors soirées. Ainsi, un peu plus de 30% des 1A déclarent y participer régulièrement. Globalement, chacun y trouve son compte à son niveau.

Crédits: Meme de Mark Tinkovitch

Les associations: “tout bénéf’” ? A nuancer ! Nombreux sont ceux qui “n’arrivent pas à suivre” ce dynamisme. Les cours, la vie sociale et familiale affectent parfois l’engagement des étudiants dans les associations. Quand 31% des 1A adhèrent à une seule association, ce sont 14,3% qui ne sont dans aucune association hors AS. Ainsi seulement 25% des iepiens en première année font partie de trois associations ou plus. Le constat est préoccupant au regard de l’importance des premières années pour les successions de bureau l’an prochain. Par exemple, le BDA a alerté sur le manque cruel d’adhérents lors d’un post sur Facebook. Ce n’est pas un cas isolé. “Certaines associations bougent pas mal, d’autres sont fantômes” constate un 1A. Le facteur travail est presque systématiquement évoqué lorsqu’on demande les raisons d’un manque d’engagement. En revanche, un étudiant critique aussi le manque d’ouverture de certaines associations en terme d’échange, d’écoute et de respect des opinions. En somme, malgré un dynamisme évident, les associations peinent à fédérer tous les premières années.

Les perspectives sont plus optimistes pour le second semestre, qu’un peu plus de 40% des 1A abordent de manière plus ou moins sereine. Dans un temps plus long, il est primordial que les premières années s’impliquent plus dans les associations car comme certains étudiants de deuxième année le disent: « Une 2A sans asso est une 2A ratée« . Engagez-vous, exprimez-vous, ne soyez pas timides, chassez les fantômes des associations, … Autant de conseils visant à réduire cette fracture dans un IEP à géométrie variable.

Garis Gentet, Margaux Bastien et Jade Mascaret

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