Chicane : le « petit observatoire des controverses » de SPX

Mardi 11 février, les étudiants du Master 2 Relations Publiques ont organisé une conférence sur le thème de la mixité de genre en ville, intitulé « Genres et Villes : vers une société inclusive ? ». Cet évènement fait suite à la sortie de la 10e édition du journal Chicane sur le thème du « sexisme en Ville : une ville par et pour tous ? ». Quel est ce mystérieux journal, dont vous avez peut être tenu le ludique dépliant entre les mains ? Pourquoi les étudiants du Master Relations Publiques ont organisé ce débat en continuité avec ce journal ?  Magali Nonjon, à l’origine de la création de Chicane, et Margaux Ravard, rédactrice en chef de sa dernière édition, nous éclairent sur le sujet, avant de faire un petit recap’ de leur première conférence de l’année. 

Chicane : un espace pédagogique et d’éducation à la citoyenneté 

L’édition #10 de Chicane
DR

« Chicane… de l’autre côté de l’atlantique, chez nos cousins québécois, quand on se chicane c’est pour évoquer une querelle, une dispute souvent de mauvaise foi comme des enfants qui chercheraient à avoir toujours le dernier mot. A Sciences Po Aix, on a fait de cette chicane, un « petit observatoire des controverses » où on aime surtout argumenter », explique Magali Nonjon. M. Nonjon, maître de Conférence en Sciences Politiques à SPX, fonde en 2016 le journal Chicane avec Samuel Goeta, un ancien étudiant de notre Bonne Maison qui était intervenant dans la formation à l’époque. Ils proposent à des étudiants en Master 2 Métiers de l’Information (MI) de gérer ce journal de A à Z comme « projet tutoré » de M2, un projet obligatoire que les étudiants doivent réaliser dans le cadre de leur cursus. 

Pourquoi proposer à des étudiants de gérer Chicane, alors que ceux-ci ont aussi le choix de participer à Zibeline par exemple, média associatif basé à Marseille ? 

Margaux Ravard, responsable de Chicane avec 8 autres étudiantes cette année, nous explique que chacun dans le M2 MI choisi son projet par rapport à ses centres d’intérêts. Elle nous raconte pourquoi elle a pris parti de participer à Chicane : « j’ai choisi ce projet car il mêle la « recherche » et l’analyse des controverses à du journalisme classique, c’est ce qui m’a plu ». « C’est un espace pédagogique qui permet aux étudiants inscrits en Master Métiers de l’Information d’expérimenter les genres journalistiques, de se confronter à une ligne éditoriale particulière : celle de l’analyse de controverses, mais aussi aux étudiants plutôt intéressés par les métiers de la communication de penser la création d’un événement (comme cette conférence de mardi soir) autour de la sortie du Chicane. », précise M. Nonjon. 

Concret et travaillé, ce journal est utile aussi bien pour les étudiants qui le dirigent que pour les étudiants qui le lisent : c’est un espace d’éducation à la citoyenneté, de sensibilisation à l’analyse des controverses. De plus, ces articles ne sont pas lus que par des Sciencespistes :  ils sont publiés en version longue sur le site de l’Agora de Marsactu ! Allez cliquer : https://marsactu.fr/author/chicane/

« Cette année, les étudiants ont été moteurs dans la refonte de la maquette » 

Comment s’organise le journal ? 

Les 9 étudiantes sont très indépendantes dans la tenue de Chicane. Margaux nous explique : « c’est plutôt à la fin qu’on échange avec des profs pour les corrections ». Le journal est en effet encadré chaque année par une équipe pédagogique composée de journalistes et de politistes: cette année, Anna Rousseau (journaliste) et Safia Dahani (politiste) accompagnent Magali Nonjon à la supervision.

Margaux nous explique : pour chaque édition, les professeurs encadrants proposent des thèmes aux étudiants à la direction de Chicane. Ensuite, ces derniers votent pour déterminer le thème de la future édition. Ainsi, « Pour la 10e édition de Chicane, on avait le choix avec d’autres sujets comme le mal-logement, mais je pense qu’on s’est toutes senties concernées par le sujet de « genre et espace public » et c’est pour ça qu’on l’a choisi. C’est un sujet au coeur de l’actualité ces derniers mois, la « fraîcheur » du sujet rend difficile l’analyse d’une controverse, qui demande du recul, mais c’est aussi un sujet porteur de questions, ce qui permet de rendre le journal et la conférence qui suit riches en débats. »

Les étudiants qui tiennent Chicane ont ensuite de nombreuses libertés dans la tenue du journal : elles font tout elle-même : les recherches, enquêtes, rédactions, elles sont en relation de manière autonome avec les graphistes et l’imprimeur. Cette année, les 9 étudiantes ont décidé de changer les graphismes, les couleurs, les polices. M. Nonjon est enthousiaste : « cette année, les étudiantes ont été moteurs dans la refonte de la maquette, ce qui est super ». Cependant, elles ont aussi des contraintes : au niveau du format elles doivent garder un aspect « carte », et au niveau du fond elles doivent toujours explorer le pour et le contre, le oui et le non du sujet, car elles analysent une controverse. Elles doivent garder « l’arbre des débats » qui est obligatoire.  

L’arbre des débats du Chicane #10
DR

Au niveau du financement, c’est la région Sud qui a financé le journal les deux premières années, grâce au programme « fabrique des territoires et de la connaissance ». Ensuite,  c’est la direction des études de Sciences Po Aix qui a décidé de prendre directement en charge les coûts d’impression, de diffusion, et de défraiement pour les personnes qui interviennent en conférence. 

Un premier débat haut en couleur 

Retour sur ce premier événement en continuité avec le #10 de Chicane sur « genre et espaces public » : un débat sur « Genres et Ville : vers une société inclusive ? » . 

3 spécialistes sont intervenues sur le sujet : Rachele Borghi, enseignante chercheuse en géographie sociale et culturelle à la Sorbonne, Corinne Luxembourg, maîtresse de conférence en géographie à l’Ecole Paris La Villette, et Camille Sachot, géographe urbaniste, représentante de l’ONG Womenability, qui défend une approche inclusive de la ville. 

La conférence a été divisée en 2 thèmes. Le premier thème était « L’espace public est-il genré ? ». La réponse « oui » apparaît encore aujourd’hui incontournable : 96% des noms de rue en France sont des noms d’hommes, la ville reste conçue par et pour les hommes… Rachele Borghi insiste sur le fait qu’il ne faut pas prendre en compte que le genre pour étudier l’inclusion en ville : la race rentre aussi en compte : « cela peut être plus dangereux d’être un jeune garçon noir plutôt qu’être une femme blanche dans l’espace public ! ». De plus, il ne faut pas se reposer sur une analyse genrée binaire : il existe plus d’une centaine de mots pour désigner la non-binarité aujourd’hui. Camille Sachot appuie sur le fait que les racines des inégalités dans l’espace public proviennent aussi des inégalités dans l’espace privé : on observe une reproduction et extension des rôles domestiques à l’extérieur. Corinne Luxembourg effectue une distinction entre « héritage » et « hérédité » : on ne peut pas refuser l’hérédité, le fait que la ville est construite d’une certaine façon et qu’on ne peut pas la démolir pour tout reconstruire. Cependant, on peut refuser l’ « héritage » : l’utilisation qu’on fait des espaces publics. Aussi, il faut faire attention à l’utilisation par les politiques de la question du genre : parfois, il permet de stigmatiser davantage les banlieues. Rachele rebondit en citant Féminisme pour les 99% : « on n’en a rien à faire de casser le plafond de verre si après c’est les femmes noires qui nettoient le verre par terre ».

Le thème 2 est « comment se manifestent les inégalités de genre dans l’espace public ? ». En Région Île-de-France, 100% des utilisatrices de transports en commun ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agressions sexuelles, selon des consultations menées en 2015 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes ont souvent un sentiment de malaise dans certaines parties de l’espace public. Corinne Luxembourg met les choses à plat : « On a une injonction à avoir peur la nuit (…) mais les agressions sont le plus souvent en fin de journée et par quelqu’un que les femmes connaissent et à leur domicile ! (…) la peur est un instrument de pouvoir, décider de ne plus avoir peur c’est reprendre le pouvoir… ». Rachele Borghi dénonce : « les rues sûres, se sont les femmes qui les font ». Alors comment améliorer ce sentiment de sécurité dans les villes ? Camille Sachot témoigne : souvent, elle utilise les miroirs dans la rue pour regarder si il y a quelqu’un derrière elle. Il devrait y en avoir plus, comme plus d’éclairages notamment. Il faut permettre aux femmes de s’approprier l’espace public avec par exemple de grands bancs en bois comme ce qui a été fait Place du Panthéon à Paris. Il existe aussi des « marches exploratoires » initiées dans les années 1990 au Canada, qui permettent de comprendre le sentiment d’insécurité des femmes !  

Des bancs innovants Place du Panthéon
DR

A nous maintenant de nous approprier la ville !

Eleonore Servantie

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