L’histoire émouvante de Bertrand Manen, fils de parents honorés Justes parmi les nations

Dans le cadre de cette semaine de la Mémoire, Mélissa s’est rendue à la Conférence du 28 janvier dont le sujet portait sur la thématique des Justes, co-animée par Bertrand Manen, les membres d’Excalibur et Marion Decome, chargée de la mission mémoire et éducation au Camp des Milles.

Si vous vous êtes rendus au Camp des Milles lundi, on vous a sûrement dit à quel point la prévention, et l’analyse des évènements historiques passés permettent d’échapper au pire dans le futur. C’est un acte de conscience civique que de perpétuer la mémoire de la Shoah. Bertrand Manen s’est saisi de cette tâche et est donc venu nous délivrer l’histoire de ses parents, son histoire.

Que signifie recevoir le titre de « Juste parmi les Nations » ?

Le Mémorial Yad Vashem de « Juste parmi les Nations » décerne un titre, après enquête, à tout ceux ayant œuvré sans compensation matérielle pour la cause juive durant la Shoah de la Seconde Guerre Mondiale.

Alice et Henri Manen
Crédits : DR

En 1986, la mère de Bertrand Manen, Alice Manen, et son mari, Henri Manen, reçoivent à titre posthume le titre de Justes. Alice Manen est surprise, elle l’avait fait « naturellement » et « de manière désintéressée« , selon ses mots. Bertrand Manen évoque l’état d’esprit de ses parents : « quand quelqu’un tombe dans la rue, s’il a un accident, on l’aide, s’il est martyrisé on fait de même. » C’est seulement après que ses parents sont honorés par le titre de « Justes » que Bertrand découvre le dévouement de ceux-ci. Alice et Henri Manen, en effet, ont opéré dans le silence et n’ont jamais parlé de leurs actes à leur entourage, ni même à leur fils. Bertrand évoque alors une anecdote : il se remémore la fois où, âgé de 7 ans, alors qu’il était parti chercher de la sciure pour chauffer le poêle, il tombe sur une carte d’identité avec un nom qu’il ne reconnait pas. Pris de stupeur, ses parents lui font faire la promesse de se taire. Bertrand restera muré dans le silence pendant 43 ans. 43 ans passèrent pendant lesquels Bertrand Manen imagina que son père, symbole de la droiture pour lui, avait fait des choses qui le conduiraient en prison.

« Au fond de l’abîme »

 « Au fond de l’abîme » est l’intitulé du journal qu’écrit Henri Manen durant cette épreuve. Alors pasteur dans l’église réformée d’Alsace Loraine à Mulhouse, Henri, et sa femme Alice qui parlait l’allemand, ont contribué à faire évader et sauver des juifs au péril de leurs propres vies. Dans une période aussi funeste, le moindre mot, la moindre interprétation compte. C’est ainsi que face à un policier fraichement arrivé dans les Cévennes dont la mission était de « chercher des juifs », le pasteur lui indiqua qu’il avait bien pour ordre de « chercher » des juifs et non pas d’en trouver. C’est ainsi qu’en jouant sur les mots, Henri sollicita le policier à épargner les Juifs de la région, de nombreux restèrent dissimulés sans être trouvés.

La position d’Henri Manen, aumônier dès 1940 au Camp des milles, lui a permis de secourir des personnes du camp d’internement. Il n’a pas œuvré seul avec sa femme : ils étaient aussi aidé par des autorités catholiques, s’écartant de la discipline de l’Eglise.

Des risques au péril de leur vie

Un jour, Henri descendait le Cour Mirabeau avec un ami commissaire de police quand celui-ci lui montra un homme : « Celui-là, il veut vous faire tomber. » Deux jours après, la dite personne se rendit chez Henri et lui expliqua dans un discours habilement ficelé qu’il avait fait une bêtise, qu’il avait besoin de s’enfuir. L’objectif était de prendre Henri les mains dans le sac : en effet, Henri aidait souvent des personnes à fuir l’emprisonnement ou une mort certaine. Henri nia tout en bloc, il se dit impuissant à l’aider : il s’en était fallu de peu pour qu’il plonge.

Les époux, face au déferlement de violence et les épurations sauvages, décidèrent de faire imprimer des affiches intitulées « Méthodes Boches » et de les afficher dans la rue. Ils le faisaient en sachant consciemment que l’on saurait qu’ils en étaient l’auteur.

« On ne savait pas »

Ceux qui voulaient se cacher les yeux ont pu le faire. Mais que pensaient-ils lorsque les convois partaient remplis d’enfants et de personnes blessées dans des camps de travail ? Face à l’horreur, nombreux n’ont fait qu’observer la scène en silence.

Et pourtant, face à l’effroyable, des comportements exemplaires ont subsisté. Les Justes ont œuvré à petite ou grande échelle. Ils ont été reconnu ou ne l’ont jamais été. Il en reste que face à l’horreur, ils ont su dépasser leur peur et prendre des risques au nom de valeurs humaines. Ils étaient médecins, prêtres ou pasteurs. Ils ont prévenu lorsqu’ils savaient qu’il y allait avoir des descentes. Ils ont gardé des documents compromettants chez eux, qu’ils ont dû parfois détruire quand la menace pesait lourdement sur eux. C’est le cas des deux époux, qui un jour ont dû jeter des documents dans les toilettes afin de faire disparaitre les preuves. Ils ont refusé de fermer les yeux.

Bertrand Manen nous livre un message émouvant, plein de sens. Il nous lance un message d’alerte. Face à la montée des partis extrêmes, Manen s’inquiète des risques de l’ascension au pouvoir d’un parti xénophobe et intolérant. Pour lui, il s’agit de se réveiller « pour que la France ne devienne pas l’enfer sur terre. » D’autant plus que les moyens modernes actuels aux mains d’un état totalitaire rendraient plus difficile toute révolte.

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