Deux mille déportés, dix mille internés, le Camps des Milles …

Dans le cadre de la commémoration du 75 ème anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée Rouge, le Président de la République se rendit à Jérusalem, et Saport’actu au Camps des Milles. Cette immersion dans le passé, entre visite, commémoration et réflexion a eu lieu lundi 27 janvier 2020, dans le cadre de la Semaine de la Mémoire, organisée par Alex Calibur. Devant cette immense tuilerie, vestige de deux siècles de production industrielle, et ancien camp d’internement durant la Seconde Guerre Mondiale s’est tenue une cérémonie pleine de solennité.

La cérémonie fut animé par Sciences Po, le lycée militaire, les anciens combattants , l’EPIDE, l’armé et les représentants de la mairie, du département, de la région, de l’UE et des États étrangers.

Tout d’abord, replaçons-nous dans leur contexte. Ce que l’on appelle aujourd’hui le Camps des Milles est une ancienne tuilerie construite en 1882 et agrandie en 1926 et 1932 pour atteindre une superficie de 15 000 mètres carrés. Fermé un an après cet agrandissement à cause des problèmes économiques de la Société des Tuileries de la Méditerranée, le bâtiment est réquisitionné par les autorités militaires de la Troisième République après la déclaration de guerre.

S’ouvre alors pour la tuilerie un nouveau chapitre dans son histoire, celui du camp d’internement. Entre 1939 et 1942, plus de 10 000 personnes furent internées dans ce qui se transforma en un rouage de la déportation aux heures les plus sombres de son histoire.

L’histoire du camp à proprement parler se divise en trois phases. La première, du début de la guerre à l’armistice conclue par le maréchal Pétain, est marquée par la volonté des autorités de contrôler les ressortissants des forces de l’Axe, et les étrangers. Furent ainsi internés dans la tuilerie de nombreux allemands, autrichiens ( dont l’équipe de foot nationale…) et italiens. Pour la plupart, ils s’étaient exilés en France pour fuir la monté du fascisme dans leurs pays. Parmi eux, on retrouve un grand nombre d’artistes, d’intellectuels (deux prix Nobel de médecine) mais aussi des opposants politiques. Tous seront enfermés dans la chaleur de l’été ou le froid glacial de l’hiver (croyez nous, quand il fait froid dans l’usine, il fait vraiment froid…), dormant entre les briques et respirant la poussière argileuse de l’usine.

La seconde phase a lieu suite à la signature de l’armistice. L’État Français entend alors contrôler les étrangers circulant sur son territoire, surtout les socialistes et les  communistes. De plus, sont alors peu à peu internés les juifs des territoires aux alentours. Au départ uniquement composée d’hommes, la population du camps inclue les femmes et les enfants à partir du moment où est décidée la politique de collaboration dans le cadre de la Solution Finale. Des combattants de la Légion Étrangère, héros de la Première Guerre Mondiale, mais d’origine étrangère furent également emprisonnés.

Puis commence en août 1942 la dernière phase de la vie du camp: celle de la déportation. Dans le froid et le silence glacial de la commémoration, nous ont été lus les noms et âges de la centaine d’enfants déportés depuis les Milles. Ils firent partie des deux mille déportés qui quittèrent le camp pour l’horreur de la concentration et de l’extermination. Le camp ferme toutefois ses portes en 1942 lorsque l’Allemagne nazie décide de prendre en charge elle-même les déportations.

Mais les atrocités commises avec le soutien de certains, la passivité d’autres ne doivent pas occulter les actes de bravoures et d’humanités.

 » Père Cyrille Argenti, Monseigneur Marius Chalves ,André et Georgette Donnier, Abbé Fernand Singerlé…. »

Voici les noms de personnes, isolées ou agissant en groupe, qui ont permis de sauver la vie de dizaines de futurs déportés, ou du moins de rendre leur enfer le moins pénible possible.

Mais plus qu’un lieu de mémoire, le camps des Milles est aussi un lieu de réflexion. Cette particularité, rappelée à maintes reprises durant la commémoration, rend cet édifice déjà hors du commun, encore plus important. En effet, est proposée au travers de l’analyse des génocides rwandai, arménien, tzigane et juif, une réflexion sur les mécanismes amenant au génocide.

Loin de s’arrêter sur un fatalisme mortifère, ce volet du camp explique aussi que la résistance est possible, et que tout un chacun peut, à son échelle en faire partie.

Romain Ivorra

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s