10 anecdotes sur l’homme de l’ombre Talleyrand

« Homme fascinant, agaçant. Animal de sang-froid au visage de cire« . Ainsi M. Jean-Charles Jauffret, ancien professeur d’histoire militaire, dresse-t-il le portrait d’un homme d’Etat méconnu. Pourtant, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord tire les ficelles de neuf régimes politiques et prête serment à douze reprises. L’association Excalibur consacre alors sa première conférence de l’année à cet « homme de l’ombre », thème de l’année. Afin de raconter son parcours, c’est dans une certaine nostalgie que M. Jauffrey délivre symboliquement un dernier cours agrémenté de nombreuses anecdotes sur la vie de Talleyrand.

M. Jean-Charles Jauffret après la conférence
1 – Rédacteur de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Ami de Mirabeau et Danton, siégeant parmi le Tiers-Etat lors des Etats-généraux, présent lors du Serment du Jeu de Paume, Talleyrand est un homme engagé dans la Révolution Française. Il participe par ailleurs à la rédaction de la célèbre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en août 1789. L’aristocrate est l’auteur de l’article VI sur l’égalité des citoyens devant la Justice. Par ailleurs, Talleyrand attache beaucoup d’importance à la liberté de la presse, elle-même critique à l’égard des nobles dont il fait partie. « C’est un homme révolté » résume M. Jauffret.

2 – Homme d’Eglise et homme à femmes

Son oncle, le puissant archevêque de Reims, pousse le jeune Talleyrand à épouser une carrière ecclésiastique à défaut de pouvoir devenir général en raison de son pied-bot. Il devient alors Abbé de la Cour de Louis XVI et fréquente le salon de Mme de Flahaut. Cette dernière étant l’une des nombreuses maîtresses de cet « homme irrésistible, avec du charme, de l’humour et de la gentillesse« . Si sa première maîtresse est une comédienne qu’il côtoie alors abbé, son grand amour n’est autre que sa nièce, la duchesse de Dino. Dans l’optique de l’éloigner de la Cour, Louis XVI le fait enfin évêque d’Autun. Parmi ces quelques offices qu’il a donné, Talleyrand a animé la messe lors de la fête de la Fédération de 1790. Peu avant sa mort, il prononce « N’oubliez pas que je suis évêque » que ces contemporains ont interprété de manières différentes.

3 – Évêque anti-clérical

Alors agent général du clergé, Talleyrand constate que le deuxième ordre est le premier propriétaire terrien de France. Or, les caisses sont vides. Il était de coutume que l’Etat s’approprie les terres du clergé lorsque les fonds manquaient. C’est pourquoi, à la Révolution, étant aussi évêque d’Autun, il propose à nouveau de confisquer tous les biens du clergé. Il ne s’arrête pas là. Une autre mesure anti-cléricale est pensée par Talleyrand. Il rédige la néfaste constitution civile du clergé. Celle-ci institue unilatéralement une Eglise constitutionnelle. Certains évêques sont alors sacrés par un serment politique. En conséquence, la scission entre le clergé constitutionnel et le clergé séculier provoque de nombreux affrontements. La guerre civile en Vendée en fait partie …

4 – Entremetteur d’un futur couple impérial

De retour d’un exil à Londres et aux Etats-Unis, il organise des grandes fêtes dans un Paris dévasté par les conséquences de la Terreur. Lors de ces fêtes connues dans le tout Paris, l’amie de Talleyrand, Joséphine de Beauharnais rencontre un jeune homme militaire aux ambitions politiques démesurées, Napoléon Bonaparte. Les deux se marient quelques temps après.

5 – Ministre et ami de l’empereur

Suite à la prise de pouvoir de Bonaparte, Talleyrand est promu ministre des relations extérieurs. Au delà de la relation professionnelle, « c’est l’amour fou entre les deux hommes » selon M. Jauffret. Napoléon aurait prononcé en parlant à Talleyrand: « Je suis incomplet quand je suis loin de vous« . L’empereur lui offre le château de Valençay et les mains libres dans la diplomatie française …

6 – Artisan de la paix sous Napoléon Ier

Talleyrand réussit deux coups de force majeurs dans une Europe déchirée par les guerres napoléoniennes. D’abord, il obtient la paix avec l’Autriche en 1801 puis avec l’Angleterre deux ans plus tard. En tant que diplomate, il théorise qu’il ne peut y avoir de paix en Europe sans que la France et l’Angleterre soient amies. Le ministre des relations extérieures développe ainsi la notion d’équilibre européen entre les puissances du continent. Notion qui fera loi jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

7 – Commanditaire d’une exécution

Évêque, ministre, diplomate mais aussi meurtrier ! En effet, Talleyrand a le sang du duc d’Enghien sur ses mains. Dans un Paris troublé par la reprise des hostilités avec l’Angleterre, un complot royaliste contre le Premier Consul Bonaparte est mise au jour. Le principal conjuré, le duc d’Enghien, est enlevé puis exécuté sans aucun jugement. Cette affaire a permis à Talleyrand de monter en grade pour devenir Grand Chambellan de l’Empire. Cependant cet assassinat lui est resté attribué et entachera sa réputation lors de la restauration de la monarchie.

8 – Liaisons dangereuses russes

La démission de Talleyrand de son poste de ministre en 1807 fait écho à l’appétit sans limite de l’empereur reprenant tout juste de nouvelles campagnes. Son ancien ministre des relations extérieures voit d’un mauvais œil ces nouvelles guerres. Surtout qu’il est proche du pouvoir russe de l’époque avec qui il a espéré en faire un ami de la France. Conscient de son échec, il trahit Napoléon en faveur du tsar en engageant des discussions sur un possible partage du monde entre Français et Russes. Quand il découvre cette trahison, Napoléon porte des mots violents à l’encontre de son ancien ami. Et ce dernier de s’exclamer: « Comment peut-on être si puissant et malpoli ?« .

9 – Homme de la nouvelle Europe et de la nouvelle France

Le Congrès de Vienne de 1814-1815 constitue « le plus grand moment de la vie de Talleyrand » à en croire l’ancien professeur d’histoire militaire. Après la Restauration, il est enrôlé par Louis XVIII pour y négocier au nom de la France. Le diplomate parvient à limiter les dégâts en rétablissant le pays dans ses anciennes frontières effectives sous Louis XIV. Par ailleurs, pour mettre un terme à un conflit long de plus de vingt ans, Talleyrand trace la frontière entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni (futur Canada). Il échafaude aussi une alliance stratégique de royaumes européens contre les deux puissances militaires, la Prusse et la Russie. Seulement, toutes ses réussites se retrouvent réduites à néant par le retour de Napoléon au pouvoir. Ce qui rend caduques tous les traités négociés.

10 – Créateur de la Belgique

Sous la monarchie de Juillet, Talleyrand est nommé ambassadeur à Londres. Il entreprend alors la dernière oeuvre de sa vie, la formation d’un Etat belge. La question est sujette à des crispations de la part des Anglais. Il parvient à trouver un compromis sur la question du souverain au trône du pays nouvellement créé. Léopold Ier, de la famille royale de Saxe, devient roi de Belgique et épouse la fille du roi français Louis-Philippe Ier. L’accord est scellé: la Belgique est née.

Aristocrate, évêque, ministre, amis des souverains européens mais aussi homme à femmes et meurtrier, « il n’existe pas un Talleyrand mais des Talleyrand » résume ainsi M. Jauffret. Plus qu’une conférence sur un homme de l’ombre, les étudiants présents ont pu être transporté dans la vie de Talleyrand par les nombreuses petites histoires dans la grande histoire évoquées avec brio et le ton adéquat par M. Jean-Charles Jauffret. Une étudiante se demande même « pourquoi tous les cours ne sont pas comme ça ?« .

Garis Gentet

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