Ashinaga : Être enseignante en école Freinet, une forme de militantisme pour un nouveau visage de l’éducation

Vendredi dernier, l’association Ashinaga a organisé une immersion au sein d’une école primaire publique appliquant la pédagogie Freinet : La Mareschale d’Aix-en-Provence.

Cet établissement, comme la vingtaine d’autres écoles Freinet de France, place l’enfant en tant qu’acteur, au cœur du projet éducatif. 

On met l’accent non pas sur une transmission invariable et unilatérale des savoirs, mais sur l’autonomisation et la responsabilisation de l’enfant. 

Ainsi, on encourage les élèves à développer au maximum leur esprit critique, leur curiosité, leur sens de la coopération et de l’entraide. L’enfant est à la fois tuteur et tutoré vis-à-vis de ses pairs, et le rapport hiérarchique avec le professeur disparaît : s’il reste une figure d’autorité, il ne représente pas “celui qui sait”, il est là pour guider l’enfant, le stimuler dans son apprentissage et dans son tâtonnement expérimental.  

La pédagogie Freinet part donc de l’expérience propre de l’enfant, de ses observations et des questionnements qui en découlent, pour l’amener vers les concepts inscrits au programme de l’Education Nationale, que l’école publique se doit de suivre. Les sorties, notamment culturelles, occupent aussi une place centrale, la salle de classe n’étant pas le lieu unique d’apprentissage. On multiplie les expériences enrichissantes vécues à l’extérieur. Voilà pour le tour d’horizon de cette pédagogie éducative alternative.

Après une après-midi passée dans la salle de classe au milieu des élèves, à discuter avec eux, à assister à une partie de jeu de l’oie portant sur les conjugaisons du futur, assis sur de confortables balles de gym géantes, nous avons pu nous entretenir avec l’institutrice Audrey Gobatto, que tous les élèves de sa classe de CM1/CM2 appellent “Audrey”. Elle nous a généreusement accordé un temps de réponse et d’échange, face à nos nombreuses interrogations. 

Tout d’abord, pour elle, ce qui différencie une école Freinet d’une école classique, c’est de placer l’enfant comme acteur des savoirs, il n’est aucunement récepteur passif de ce qu’on veut lui inculquer. Il est engagé dans une démarche perpétuelle de recherche et de tâtonnement, on construit un cadre très stimulant pour sa curiosité naturelle, qui devient moteur de sa motivation à apprendre. Le respect stricto sensu du programme est une préoccupation secondaire, on préférera toujours garantir le développement et l’épanouissement de l’enfant. 

Selon Audrey Gobatto, c’est dans cette optique qu’il faut réformer l’éducation traditionnelle. En effet, pour elle, l’enfant moderne, et donc l’élève, est profondément différent de celui pour lequel les pédagogies d’éducation conventionnelles ont été créées. Aujourd’hui, il a un accès instantané à une infinité de savoirs sur Internet, le rapport à l’école en est donc bouleversé. Si avant la salle de classe était le lieu essentiel de la transmission du savoir, et en tirait une légitimité incontestable, elle doit aujourd’hui se réinventer pour capter l’attention et l’intérêt de l’enfant. Plutôt que de le contraindre à apprendre des notions détachées de sa réalité, il s’agit de stimuler sa motivation à tenter de comprendre cette réalité dans laquelle il évolue. Pour cela, on l’accompagne, on lui fournit des outils, on le guide vers des questionnements de plus en plus complexes : c’est par le jeu et le développement de son autonomie qu’on instruit l’enfant. 

Ensuite, Audrey Gobattp nous a expliqué que s’il n’existe pas de formation spécifique pour devenir enseignant en établissement Freinet, l’affectation à un tel poste requiert le passage devant une commission, afin de déterminer quelles sont les motivations et comment il compte mettre en oeuvre la pédagogie. Les instituteurs des écoles Freinet ont donc décroché le même concours que tous les autres, à l’issue de la même formation, ils décident simplement de l’utiliser en vertu d’une pédagogie alternative. Plus tard, au cours de leurs années d’enseignement, ils auront cependant la possibilité d’assister à des stages et des congrès leur permettant d’enrichir leurs méthodes de travail. 

La pédagogie Freinet, pour tous les profils d’élèves ? 

Selon l’enseignante, certains enfants peuvent avoir besoin d’un cadre très stricte et très sécurisant pour leur apprentissage, la liberté que leur laisserait une classe Freinet risquerait de leur faire perdre leurs repères. Ceux-ci réussiront peut-être mieux à l’aide d’automatismes et d’une structure très visible et très présente autour d’eux.
En revanche, cette pédagogie peut être le remède face au désintérêt d’un élève qui ne s’épanouit pas à l’école, qui ne s’intéresse pas à ce qu’on lui propose : il pourrait découvrir l’apprentissage sous un angle plus séduisant, et cultiver sa curiosité, retrouvant la motivation d’apprendre des choses nouvelles. 

Enfin, Audrey Gobatto déplore qu’il n’y ait pas plus d’établissements publics qui mettent en place des méthodes de pédagogie alternative. C’est pour elle l’avenir de l’éducation : prendre en compte les évolutions que connaît l’élève d’aujourd’hui par rapport à celui d’hier. 

Elle attire également notre attention sur une des conséquences de cette évolution non-prise en compte : les classes Freinet accueillent beaucoup d’enfants porteurs de troubles, tels que des problèmes d’attention, des dyslexies sévères… Des profils difficiles qui ne semblent pas être convenablement intégrés dans l’école conventionnelle, puisque leurs parents s’en remettent à la pédagogie Freinet.

L’enseignante voit en l’exercice de son métier une forme de militantisme, portant la volonté d’une éducation adaptée à chacun, qui revalorise le statut d’élève au rang d’acteur.

Dwinwen Schall

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