Stageport’actu #8 : 6 semaines dans un magazine tunisien

Être journaliste ne signifie pas la même chose selon les pays. Les prérogatives changent selon les régions tout comme l’actualité, le statut et la liberté d’expression autorisée. En France, le monde du journalisme est réputé pour être des plus obstrués. L’autocensure est reine dans les grands groupes et les rédactions indépendantes n’acceptent que très rarement les stagiaires. 

Pouvoir trouver un stage d’une durée aussi courte que 6 semaines tout en ayant l’opportunité de rédiger est une mission presque impossible en France.

Par un heureux hasard (communément appelé un piston) j’ai été mise en contact avec Réalités, un magazine indépendant à Tunis. Leur argument principal : je serai considérée comme une journaliste à part entière auprès de la rédaction. Un avantage mais aussi une grande interrogation car je n’avais aucune idée de l’état de la presse dans ce pays. 

Le musée du Bardo, après l’attentat de 2015

Être journaliste en Tunisie : 

Il s’avère que depuis le printemps arabe, les presses fleurissent de partout en Tunisie et les médias indépendants parviennent à s’imposer dans le paysage médiatique aux cotés de grands noms comme Mozaïque, Jeune Afrique, Shems … La liberté d’expression est vraiment totaleRéalités de son côté est un magazine qui date d’avant la Révolution de Jasmin mais qui a réussi à s’adapter tant aux régimes de Bourguiba, Ben Ali et Essebsi. Il est composé d’une équipe web qui alimente en continu le site avec des brèves et des piges, d’une équipe magazine qui réalise chaque semaine un exemplaire et d’une équipe magazine en arabe. 

Il faut savoir que les médias tunisiens se basent énormément sur les radios qui diffusent les informations en continu. Cet élément s’est avéré être un problème étant donné qu’elles sont pour la plupart en arabe. Autre souci, il n’existe pas d’équivalent de l’AFP ou de Reuters dans ce pays. Donc pas de dépêche officielle … Tout est à la débrouille et au réseau : on appelle un ami, on écoute les médias étrangers, on va sur les réseaux sociaux. Rédiger un article est une sorte de puzzle que l’on met bout à bout. 

Les missions

Au cours de ce stage j’ai eu plus ou moins trois missions : 

  • Le travail de piges à la rédaction. Les plus : sujet totalement libre Les moins : longueur d’article limité (400-800 mots), dépend de l’actualité, pas beaucoup de profondeur, forte dépendance de l’actualité. 
  • La rédaction d’articles pour le magazine. Les plus :  articles d’investigation (+ 1000 mots), choix de sujet libre. Les moins : il est difficile de trouver des sources fiables et en français, il faut respecter la ligne éditoriale 
  • Le terrain (ou journalisme debout). Le terrain est un domaine particulier et très large. « Aller sur le terrain » peut très bien signifier se rendre à une conférence de presse dans un hôtel 5 étoiles et écouter des promoteurs immobiliers parler comme se rendre sur les lieux de l’attentat de l’avenue Charles de Gaulle. 
Marché aux puces à Nabeul

J’ai découvert durant ce stage que le métier de journaliste regroupait en réalité une multitude de facettes. La plupart des journalistes de terrain répondent à des invitations de marques, d’entreprises. Ils se rendent dans des lieux luxueux où ils sont reçus comme des rois. Le tâche se résume à recevoir un communiqué de presse qu’ils recrachent plus ou moins le lendemain dans leur papier. Cet aspect pas vraiment moral, limite proche de la corruption, m’a un peu déçue. Cependant (et heureusement) ce n’est pas le cas de tous les professionnels.

Le grand plus de ce stage a vraiment été la liberté qu’on m’a accordée. Si bien qu’à la fin je me rendais toute seule à des événements où j’étais libre de faire des entretiens.

Au final, ce stage m’a permis de découvrir comment fonctionnait le journalisme dans un pays du Moyen Orient. Le mode de penser et d’écrire est différent mais s’occidentalise progressivement. Je dois aussi dire que j’ai eu la chance de partir lorsque l’actualité du pays était assez riche (parfois malheureusement) : le pays était en pleine préparation des élections présidentielles, la saison des festivals de musique commençait à peine, il y a eu le double attentat, la CAN … Tout ça ajouté au contexte international. 

La Tunisie est vraiment un pays extra ordinaire. J’ai rarement vu une population aussi aimante de son pays, de ses traditions et qui est fière de la partager avec les étrangers. Ce stage de 6 semaines a été une réelle immersion, un premier pas avant la 3A.

Anouk Ampe

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