Les conseils du doyen de la faculté de droit aux élèves de Sciences Po

Philippe Bonfils, doyen de la faculté de droit et de sciences politiques, dans l’amphithéâtre Bruno Etienne

Mercredi midi, Philippe Bonfils, le doyen de la faculté de droit et de sciences politiques est venu, à la demande de l’association Aix’Loquence, en terres iepiennes pour prodiguer ses conseils sur la préparation et la tenue d’un discours.

« On est véritablement éloquent et convaincant si on a quelque chose à dire ». Voici l’un des nombreux conseils donné par M. Bonfils. Tout en prenant pour appui les célèbres discours de De Gaulle, Martin Luther King, Simone Veil ou encore Dominique de Villepin, il en tire la leçon que l’éloquence doit raconter une histoire. Avocat de profession, le doyen insiste sur l’importance d’une âme dans toute déclaration. Et ce dans de nombreux domaines ! Du milieu juridique à celui de la politique en passant par les sermons religieux, « vous serez amené à parler en public un jour » prophète-t-il.

Avant le discours

L’improvisation est à bannir ! « Les plus belles plaidoiries ne sont pas celles improvisées mais celles préparées » fait remarquer M. Bonfils. Selon les points de vue, structurer ce que l’on va dire selon un plan précis n’est pas obligatoire. Cependant, le doyen insiste sur le fait d’écrire le discours en entier ou au moins des notes. Prononcer sa déclaration devant d’autres personnes reste un bon exercice en vue de récolter des avis objectifs car d’après lui « les autres sont généralement plus durs que soi-même ».

Afin de respecter le temps imparti, il préconise d’écrire en haut et en bas de chaque nouvelle page de son développement les durées chronométrées respectives de début et de fin de feuille. Philippe Bonfils conseille par ailleurs de laisser des notes en bas de la page qui, sous peine d’être en avance sur sa démonstration, pourront être exploitées. Pensez à rédiger un genre de conclusion à la fin dans la possibilité où le discours a été prononcé plus rapidement que prévu.

Pendant le discours

Quelques règles de bienséance sont à respecter pendant la tenue du discours. « Il faut arriver modestement, on ne s’assoit pas avant qu’on vous le demande » précise le doyen. Un autre impératif à respecter est celui d’attendre qu’on nous donne la parole. Point clé du bon déroulement du récit, il ne faut pas oublier de regarder l’auditoire. Dernier élément plus technique, mieux vaut faire glisser ses feuilles, ce qui implique d’écrire sur le seul côté recto.

M. Bonfils insiste sur l’importance de la première phrase, tant qu’on y dit pas n’importe quoi. Il met en garde sur l’emploi des « latinades », ces formulations latines souvent mal utilisées par les tribuns pour donner du cachet au discours. Au delà de ces petites phrases parfois dépourvues de sens, l’usage des formules est à manier avec des pincettes. Certes, la formule permet de faire passer une idée en plus d’avoir une certaine postérité, pourtant elle se retrouve fréquemment mal employée. Ensuite, le doyen souligne la nécessité d’utiliser des silences. Les pauses dans les discours sont les moments privilégiés pour récupérer l’attention de l’auditoire. Elles marquent le tempo, ponctuent vos phrases et structurent le récit. Enfin, la modulation de la voix est primordiale afin de raccrocher son auditoire.

Après le discours

« Le quart d’heure le plus pénible est celui des questions » précise Philippe Bonfils. Il propose plusieurs techniques pour gérer ce moment particulier qui intervient généralement à la fin d’un discours. Pour ce faire, il distingue deux types de questions: les questions suggérées et celles non-prévisibles. Les questions suggérées désignent les interrogations qui renvoient à des notions partiellement abordées de manière volontaire dans le discours. Cela représente la moitié des questions posées. Elles se préparent en amont du discours. Quant à celles non-prévisibles, le doyen préconise de faire jouer son esprit de répartie. L’avocat conclut en expliquant que « réfléchir à haute voix, c’est déjà donner une réponse ».

M. Bonfils l’a dit, on est voué à prononcer un discours un jour. Alors, ne faudrait-il pas que l’art de bien parler soit enseigné aux étudiants de l’IEP ?

Garis Gentet

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