La Jordanie, un havre de paix entre mers et déserts

« Tu pars en Jordanie ?! C’est pas un peu dangereux quand même ? » Il est vrai que sur le papier, la Jordanie n’a pas hérité du meilleur casting pour la fête des voisins. Arabie Saoudite, Syrie, Palestine, Israël, Iraq… la liste a de quoi faire s’étouffer Charles-Armand avec son blini à la mousse d’avocat qui, dans son duplex parisien, est branché sur BFM où se déroule un énième débat stérile sur le port du voile en France. Pourtant, Charles-Armand n’a jamais mis les pieds au Moyen-Orient. Et c’est bien dommage, car il se rendrait compte que le traitement médiatique (trop) souvent réservé à cette région du monde est loin d’être fidèle à la réalité. Après une année passée dans le royaume hachémite, il est grand temps de mettre fin à ces préjugés, ces a priori et autres opinions préconçues qui ternissent l’image de ce pays plein de richesses et de surprises insoupçonnées.

Amman, une ville que l’on apprend à aimer

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P’tite rue sympatoche, Downtown, Amman.

« Tu verras, Amman c’est moche. Et les nuits sont longues tellement on a rien à y faire. » Certes, Amman est loin d’être la plus belle ville du monde. Les bâtiments, quasiment tous fait de la même brique jaunâtre, vieillissent mal à côté des grands immeubles flambant neufs du quartier d’affaire. Les voitures entassées dans des rues trop étroites pour une circulation si dense, forment un brouhaha continu où bruits de klaxon et odeurs de pot d’échappement s’entre-mêlent. Le cadre n’est pas idyllique, mais paradoxalement il permet au nouvel arrivant de se sentir très rapidement, chez lui.

Ce qui marque d’emblée quand on arrive à Amman, c’est la chaleur qu’il y règne. Tant sur le plan météorologique qu’humain. La forte chaleur estivale n’empêche pas les Ammanites de sortir pour se rassembler dans le centre névralgique de la ville : Downtown (ou Wasat al-balad en arabe). Les innombrables souk, cafés traditionnels, friperies et autres marchands de babioles font de ce quartier entouré de ruines romaines, un endroit unique. Si vous voulez vous remplir le ventre de humus et de falafel pour l’équivalent de 2€, acheter un jean levis quasi neuf pour à peine 5€ ou tout simplement savourer une chicha double pomme en sirotant un thé à la menthe avec du Marwa Loud local à fond dans les enceintes, c’est le lieu parfait. L’institut français du Proche-Orient (IFPO) est situé à 10 minutes à peine du centre-ville. Bien que les embouteillages soient assez fréquents, on se rend d’un endroit à un autre (très souvent en taxi) assez facilement.

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L’amphithéâtre romain of Amman

Outre ce côté de ville arabe traditionnelle, Amman est aussi une ville très « branchée » munie d’une vie culturelle et nocturne en plein essor. Car oui, on peut se mater le film libanais du moment au cinéma, puis déguster une pinte de blonde en terrasse, avant d’aller savourer des pizzas faites maison dans une église pour mieux taper du pied dans un ancien parking reconverti en boîte techno éphémère. Tout ça dans la même soirée et dans un petit périmètre. Ça ne vaut pas Berlin évidemment, mais la scène techno qui s’installe progressivement dans les clubs de la ville, sous l’impulsion de DJ originaires des territoires palestiniens, a désormais de quoi ravir les amateurs de musique électro. En plus de vous bercer le jour, Amman vous ouvrira les portes de sa vie nocturne, encore assez « underground » pour conserver son aspect intimiste. Il suffit juste de connaître les bonnes adresses (allez voir surtout du côté de Jabal Weibdeh).

La Jordanie, un pays fait de merveilles du monde

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Le fameux « trésor » de Pétra.

Qui dit Jordanie, dit évidemment… Pétra. L’antique cité nabatéenne est certainement l’un des plus beaux sites historiques à visiter sur cette Terre. Pas étonnant qu’elle fasse partie des 7 merveilles du monde moderne. La façade de ce tombeau a beau être mondialement connue, la différence entre la photo et la réalité est à couper le souffle. Cette roche d’une couleur ocre aux reflets presque roses se vêtit de sa splendeur lorsque l’on a la chance de la contempler aux premières lueurs de l’aube. Mais Pétra n’est que l’arbre qui cache une forêt, trop aride pour être verdoyante, mais suffisamment riche pour qu’après dix mois de séjour, on ait le sentiment de ne pas encore avoir tout vu. Située dans le berceau des religions, la Jordanie regorge de sites historiques et de paysages bibliques par lesquels des certains Moïse, Jésus-Christ et Mahomet ont eu l’occasion de faire un tour durant leurs pérégrinations. Surtout dans le coin de la Mer Morte, le point le plus bas sur Terre, où l’on peut aisément lire son journal en étant allongé sur l’eau salée. Moins mystiques, la magnifique cité romaine de Jerash et les anciens châteaux croisés ont aussi de quoi faire revenir quelques siècles en arrière. La station balnéaire d’Aqaba, à l’extrême sud du pays, au bord de la mer Rouge, où la température peine à passer en-dessous des 20 degrés en hiver et s’envole au-delà des 40 degrés en plein cœur de l’été, est l’endroit rêvé pour perfectionner son bronzage. Mais le véritable trésor de la Jordanie se trouve à quelques encablures des côtes de cette fameuse mer qui s’ouvre en deux.

Le Wadi Rum, ou le désert venu d’une autre planète

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Le Wadi Rum en fin d’aprèm

Imaginez-vous un désert orné d’immenses falaises noires et d’un sable si rouge que Ridley Scott l’a choisi pour y mettre en scène un astronaute perdu sur la planète Mars. Matt Damon, les membres de l’alliance rebelle dans le neuvième opus de Star Wars, mais surtout Lawrence d’Arabie ont foulé le sable du Wadi Rum au cinéma. Venu d’un autre monde, le Wadi Rum est sans aucun doute le lieu qui m’a le plus marqué durant mon séjour. La profondeur de ses couleurs et de son silence a le pouvoir de rendre ce désert… envoûtant. Une fois la nuit tombée, l’absence totale de lumière offre un spectacle étoilé hors du commun capable d’éclairer les petits chanceux (dont j’ai une fois fait partie) participant à l’une des « rave party » sauvages organisées chaque année dans le désert. Taper du pied sur de la techno irakienne, dans du sable rouge, avec pour seul projecteur la pleine lune qui surplombe la DJ, c’était assez cool.

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Les « Technivaliers » du désert

Enfin, j’aimerais conclure cet article en parlant de ceux qui rendent ce pays si particulier et si attachant à mes yeux. Car dans ce type de récit, les globetrotteurs ont la fâcheuse habitude de décrire le moindre monument, paysage, ville, quartier, plat culinaire ou hôtel sans même prendre le temps de mentionner l’existence des résidents du pays en question. Je ne prétends pas tout savoir sur les Jordaniens et les Jordaniennes. Loin de là. Mais je peux garantir que le sens de l’hospitalité souvent attribué aux habitants des pays arabes n’est pas exagéré. Rencontrer des gens qui t’appelle « mon frère » au bout de 5 minutes de conversation et pour qui cela a un sens, ça fait un bien fou. Un état d’esprit qui détonne avec la méfiance souvent de mise dans les pays occidentaux lorsque l’on s’adresse à un inconnu. Rencontrer un homme qui t’invite à dîner chez lui le soir-même pour te remercier de lui avoir indiqué la route à suivre pour aller à l’ambassade du Canada, c’est quelque chose que je n’aurais jamais cru vivre un jour. Rencontrer des quinquagénaires bédouins au milieu d’un désert de sable rouge et tenter de leur expliquer l’importance du débat Pain au chocolat VS Chocolatine en France au coin du feu en sirotant du thé à la menthe, c’est encore plus improbable. Rencontrer leurs neveux et fils qui t’invitent à manger les « sandwichs » les plus incroyables de ta vie pour mieux s’endormir à la belle étoile, restera l’une de plus belles expériences de ma vie.

Enfin bref, vous l’aurez compris, la Jordanie, c’est bieng.

Gabriel Blondel

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