Stageport’actu #4 : un stage à la Commission Européenne

Clémentine Agosta, diplômée de Sciences Po Aix en Carrières publiques en 2019, après un master à l’université Paris-Dauphine, souhaite rejoindre la fonction publique européenne. Elle a effectué un stage à la Commission européenne, de mars à juillet 2019. Anna Drettakis (Ambassadrice EU Careers – Sciences Po Aix 2019-2020) l’a interviewée pour nous.

Période de stage : mars-juillet 2019                                                                            Organisme : Secrétariat Général de la Commission Européenne

Anna : Quelles sont les clés de la réussite pour être réaliser un stage à la Commission européenne ?

Clémentine : Le programme de stage de la Commission Européenne “livre bleu”, dit ‘Blue book’, s’adresse à tout étudiant, européen ou non, diplômé de trois années d’étude (niveau licence minimum). En réalité la plus grande partie des stagiaires sont diplômés d’un ou plusieurs masters et parlent plus d’une langue officielle de l’Union européenne (en plus de l’anglais). Créé en 1960, c’est aujourd’hui l’un des programmes de stage les plus vastes et sélectifs au monde. Pour ma session de stage en mars 2019, seul 11% de candidats français ont été sélectionné, sur plus de 8000 candidatures. Avec une session de candidature tous les 6 mois, je dirais que bien construire sa candidature nécessite de bien connaître les étapes de sélection

En premier lieu, il faut respecter les périodes de candidature, c’est-à-dire postuler près de 6 mois avant la date de commencement indiquée. Par exemple, pour la session débutant le 1er Mars 2020, les candidatures sont ouvertes jusqu’à fin août 2019.

Pour ce qui est de la candidature en elle-même et des profils, je pense que les iepiens constituent d’excellents candidats : la Commission tend à favoriser les étudiants ayant déjà effectué une expérience à l’étranger, comme un Erasmus, avec des capacités d’expression orales et écrites dans plusieurs langues officielles et quelques expériences professionnelles.

Les profils des candidats sont aussi variés que le nombre de directions générales (appelées DG, 44 au totales). Il est judicieux de mettre en exergue un intérêt particulier pour trois DG dès les questions sur le profil du candidat.

En deuxième lieu, l’étape de sélection suivante consiste en une confirmation des conditions d’éligibilité du candidat. Il faut être capable de tout justifier (diplômes obtenus, expériences professionnelles et langues indiquées dans le dossier de candidature).

A : Dans quel service as-tu finalement effectué ton stage et quelles ont été tes missions ?

C :Après plusieurs entretiens, mon choix s’est porté sur le SG, pour son rôle en tant qu’organe administratif de coordination des politiques européennes. J’ai été très chanceuse de pouvoir faire ce stage auprès des assistants politiques du Secrétaire Général, Martin Selmayr, ce qui m’a permis de profiter d’une immersion totale à la tête de la coordination de la Commission. Le Secrétariat général est souvent décrit comme “le cœur et l’âme de la Commission” car il est aussi l’organe chef de file pour certaines politiques comme le Semestre européen en matière de coordination budgétaire. Il assure que les politiques européennes conduites et les initiatives législatives proposées par la Commission soient en accord avec les priorités politiques définies par le Président.

Mes missions concernaient pour l’essentiel un travail de rédaction en anglais et en français, notamment la prise de note pendant les réunions avec le cabinet du Président trois fois par semaine, ceux avec les Directeurs généraux et d’autres rencontres ou évènements officiels. J’étais aussi chargée de rédiger certains articles en français visant à être publiés dans la revue du droit de l’Union européenne ou bien pour certains journaux de syndicats. J’ai aussi participé à la bonne communication entre le cabinet du Président et le Secrétariat général, en faisant suivre certains documents interne. Enfin, j’ai eu la chance de travailler aussi sur une cartographie des initiatives de défense européenne avec les assistants de la Secrétaire générale adjointe, ce qui a constitué un projet de fond durant mon stage. 

Rencontre du Secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr, avec les stagiaires Blue book du SG et ceux des cabinets des commissaires 

A : Qu’as-tu préféré ?

C :La période durant laquelle j’ai fait mon stage était riche politiquement, marquée par l’organisation des élections européennes, la nomination de la nouvelle présidence de la Commission et toutes les nominations pour les “EU top jobs” par les États membres et le Conseil. Ce stage m’a donc permis d’être au cœur de la vie politique européenne, tout en observant d’un point de vue privilégié les derniers mois de la Commission Juncker et le début de la période de transition. Le Secrétariat général accomplit un travail titanesque pour assurer une bonne passation et la continuité des politiques menées.

A: Et ce que tu as le moins aimé ?

C : La contrepartie est que beaucoup de réunions étaient parfois organisées dans l’urgence, ou bien sur des sujets confidentiels, auxquels je ne pouvais pas être associée en tant que stagiaire. De même, mon stage a été marqué par la démission du Secrétaire général, Martin Selmayr, après l’élection de la nouvelle Présidente de la Commission ; Ursula Von der Leyen. Celle-ci, ancienne ministre de la défense est aussi une ressortissante allemande. Or une règle implicite indique ainsi que la Présidence et le Secrétariat général ne peuvent pas être conduit par deux personnalités ayant la même nationalité, ce qui a précipité la démission “naturelle” de Martin Selmayr. La fin de mon stage a donc été intense car marquée par deux transitions : l’une attendue à la Présidence, et l’autre un peu précipitée au SG. 

A: Est-ce que ton stage a répondu à tes attentes ? 

C : Ce stage a dépassé mes attentes. Je m’attendais à devoir travailler sur des sujets techniques en rapport avec les politiques économiques européennes et le Semestre européen. En réalité l’essentiel de mes missions étaient en lien avec l’actualité politique et la période de transition au sein de la Commission.

A : Que t’a-t-il apporté ?  

C : Mon stage Blue book a renforcé mes connaissances du processus de décision au sein de la Commission européenne et mon intérêt pour le projet européen de manière très concrète. Par ailleurs, cela m’a aussi permis de mieux comprendre le fonctionnement du recrutement au sein des institutions, au travers des différents programmes pour les jeunes et aussi en matière de recrutement par concours. Enfin, je dirai qu’un stage Bluebook ressemble pour de nombreux aspects à un Erasmus, enrichi de la possibilité de travailler et de se faire des contacts professionnels dans différents pays européens. 

A : Et pour finir, une petit anecdote ?

C : Un des moments les plus marquants de ce stage restera ma rencontre inopinée avec le Président Jean-Claude Juncker un après-midi. Mon bureau était situé au 13ème étage du Berlaymont, le bâtiment principal qui abrite les services du SG, du service juridique et les cabinets des Commissaires et de la Présidence. Alors qu’il se rendait à son bureau, le Président en a profité pour venir saluer ses anciens collègues depuis passés au SG. Il est entré dans mon bureau, a discuté avec ses anciennes secrétaires, a fait quelques blagues puis est reparti en me faisant un baisemain ! 

Anna Drettakis

 

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