L’œil du directeur : bilan sur l’Europe

« Quand on invente l’avion, on invente la catastrophe aérienne… ». Monsieur Rostane Mehdi, directeur de Sciences-Po Aix et professeur de droit européen, n’a pas manqué de ponctuer sa conférence sur l’Europe de métaphores particulièrement illustrantes.

A 18h, le mardi 14 mars 2019, quelques personnes hésitantes s’aventurent dans la petite salle de la Cave aux huiles, Place des Martyrs de la Résistance à Aix. On ose à peine installer les chaises, dans cette pièce froide assez sommaire. Cet évènement organisé par la Communauté Catholique Etudiante d’Aix a attiré une petite vingtaine de personnes, peu d’étudiants de Sciences Po.

Monsieur Mehdi arrive finalement, essoufflé, « je me permets de m’assoir, la journée a été longue ». « L’Union Européenne est-elle le paradoxe d’une identité malheureuse ? », il nous plonge, sans plus tarder, directement dans le sujet.

« l’Europe a atteint l’essentiel des objectifs qui lui ont été assigné, et même au-delà. Néanmoins, l’Europe doute d’elle même, notamment concernant la campagne qui se déroule (ou ne se déroule pas). » Son introduction est une mise en bouche à une démonstration équilibrée, nous exposant aussi bien les difficultés de l’Europe que ses acquis, à reconnaître.

Monsieur Mehdi nous livre alors en 1h10 des cartes pour nous faire notre propre opinion sur l’Europe, enrichies d’avis personnels et de traits d’esprit, caractéristiques de ses prises de parole.

Sa conférence nous permet de répondre à 3 questions fondamentales à l’approche des élections européennes : Comment l’Europe s’est-elle construite ? Quelles sont les réussites de l’Union Européenne ? Quels en sont ses échecs ?

Comment l’Europe s’est-elle construite ?

L’Europe s’est fondée sur une doctrine principale, le fonctionnalisme. Après les deux Guerres Mondiales, il semble indispensable, pour répondre aux grands enjeux, de les assumer dorénavant collectivement et pacifiquement, par le biais d’institutions qui transcendent l’Etat-Nation. Portée par Jean Monnet, commerçant saisissant la réalité des relations entre Européens, l’option retenue est de mettre en commun ce que les pays ont d’essentiel : la Communauté Economique du Charbon et de l’Acier, CECA, apparaît.

La France, après le traumatisme de la Deuxième Guerre mondiale, réalise que, pour survivre, elle doit porter un projet plus grand qu’elle, sur lequel elle puisse néanmoins garder la main.

Entre la France et l’Allemagne est créée une solidarité de faits, avec effet de cliquet : pas question d’avoir un retour en arrière. L’Europe devient alors économique puis politique, témoignant d’une ingénierie institutionnelle complexe.

L’Europe se développe ensuite avec la subjectivisation et fondamentalisation : on reconnaît à des sujets privés (citoyens, entreprises…) des droits fondamentaux.

Quelles sont les réussites de l’Europe ?

  1. L’Europe porte un projet identitaire articulé au projet politique. Cela dépasse chacun de nous, nous permettant de vivre et de survivre ensemble. Précision importante : cette identité européenne n’a pas pour objet d’absorber les identités composites des différents Etats membres.
  2. L’Europe a organisé une interdépendance fructueuse, a permis la prospérité, le développement du continent, grâce à des échanges plus efficaces car dépolitisés, fondés sur des règles claires, et non des discussions ou négociations.
  3. L’Europe est un espace juridiquement apaisé. A l’origine, une “culture de résistance” était de mise. Aujourd’hui, l’Union est une Union de droit reconnue, protectrice des droits fondamentaux.

D’autres réussites de l’Europe tiennent à sa faculté de sortir des crises qu’elle rencontre, par la discussion/transaction, la juridictionnalisation (la Cour de Justice tranche), ou la révision des traités européens.

Quelles sont les crises de l’Europe ?

Aujourd’hui, l’Europe fait face à une crise plurielle nouvelle, et ce pour au moins 3 raisons.

  1. elle est liée à l’identité de l’Europe encore incertaine. L’identité doit toujours articuler 2 facteurs : les valeurs et les intérêts. Or dans les années 1990, l’Europe se divise sur la question de la guerre en Yougoslavie, moment fragile dans lequel les valeurs européennes auraient dues unir et réagir efficacement. Face à des purifications ethniques, des crimes de guerre (qui seront plus tard jugés au tribunal pénal international), l’Europe attendra 4 ans pour réagir.
  2. La crise est liée à l’Etat : l’Union Européenne est ce que les Etat en font. Elle doit fonctionner avec des accords. Face à des événements marquants, questions essentielles, comme la crise migratoire, les pays européens ont beaucoup de difficulté à trouver des positions communes.
  3. enfin, la crise est liée au politique : ici, Monsieur Mehdi nous en bouche un coin : le problème est le manque de vérité, de courage dans les choix politiques, l’excès de lâcheté des personnalités politiques.

Cette crise est donc essentielle car a à voir avec l’essence de l’Europe. L’Europe se déchire sur ce qui a justifié sa création, sur cette solidarité. Il faut conserver les acquis de l’Europe, et à ce sujet, chacun de nous porte une responsabilité majeure : celle d’aller voter aux élections européennes.

Eléonore Servantie

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