Il est temps.

Ce lundi 11/12, la joyeuse petite troupe Saport’actu se rendait à la conférence donnée par Anaïs Bourdet. Anaïs quoi ? Fais pas mine de ne pas connaître: PTS, Paye Ta Shnek, c’est bon tu visualises ? Anaïs Bourdet est donc la fondatrice au combien émérite du blog Tumblr et de la page Paye ta Shnek dont l’objectif est de recenser un maximum de propos relatifs au harcèlement quel qu’il soit : homophobe, transphobe, validiste, sexiste et bien d’autres encore… Un recensement se voulant le plus exhaustif possible afin de mieux cibler le harcèlement dans sa malheureuse grande pluralité afin de pouvoir, à terme, agir de façon adaptée.

Si vous ne connaissez pas, foncez! Sans excès de zèle quelconque de la rédac, cette page est vraiment d’utilité publique, peut en aider certain.e.s à prendre conscience de la réalité et de l’ampleur de ce « phénomène » de manière très terre à terre! Alors CLIQUE, vraiment ! Ca ne vous aura pas échappé mais le bureau est en étroite et régulière « collab » avec Mauvais Genre, MG pour les intimes, sans qui cette rencontre, et les multiples actions qu’elles mènent, ne seraient pas possibles. Nous tenions donc à remercier les filles du bureau pour leur belle initiative, love sur vous les meufs ❤

En bref pour les malheureux n’ayant pas pu venir, les pros révisions intensives ou simplement ceux qui préfèrent rester terrés dans leur tanière, Mélissa se charge gracieusement de vous faire un mini rewind et qu’à cela ne tienne, une petite interview toute fraîche pas piquée des hannetons comme on dit !

Tout d’abord, Anaïs nous fait le récit de la création de PTS, après avoir vu une vidéo choc de Sophie Piters sur la façon dont elle se faisait harceler et une course poursuite dans les rues de Marseille par un harceleur fou. Suite à cette prise de conscience, elle décide de créer un blog pour partager ses aventures avec ses amies. L’initiative fait un énorme buzz, si bien qu’après une semaine elle reçoit déjà plus de 150 témoignages par jour. Aujourd’hui, près de 220000 personnes suivent PTS et environ 15000 témoignages ont été délivrés. Le concept s’est ensuite diversifié avec Paye ta Police, Paye ta Fac ou encore Paye ton Bahut.

Sa conférence s’est ensuite orientée vers la thématique du deuxième cycle mis en place par Mauvais Genre: la misogynie intériorisée. De quoi s’agit t-il selon elle ? Tout « simplement » de l’acceptation des codes mis en place par les hommes qui oppriment et contraignent les femmes de manière passive. Le fait de culpabiliser les femmes victimes de viols ou d’agressions en tout genre en est le cru témoignage! Il faut rappeler que seulement 10% des femmes victimes de viols portent plainte, plaintes qui n’aboutissent que très rarement à des condamnations par ailleurs. La misogynie subie quotidiennement au travail en est une autre illustration. Pour que tout cela soit plus parlant, nous vous invitons à faire un tour dans les publications du blog pour vous rendre compte par vous même.

La mise en place d’une solidarité inter féminine mais aussi de la part des hommes lui semble bien plus que primordiale, pour rompre le silence et avancer vers une prise de conscience généralisée tant masculine que féminine.

Quelques témoignages recueillis par Mauvais Genre à l’IEP.

 

 

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Pour plus d’informations à ce sujet, Madmoizelle.com l’a interrogé en 2016 https://www.youtube.com/watch?v=yY5XfANOLhs.

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Interview exclusif d’A. Bourdet pour Saport’actu:

Finalement, toute cette violence dont vous parlez vient majoritairement des hommes. Pensez-vous donc qu’il s’agisse aussi du combat des hommes de lutter contre ces formes d’oppressions du quotidien ? 

C’est un sujet qui les préoccupe très peu pour le moment car ils ne sont pas autant confrontés à ces violences et donc ne se rendent pas compte de la gravité et de l’urgence de la situation. Mais oui cela devrait être leur combat, bien sûr. C’est d’eux qu’on attend du changement; tant que les hommes seront violents, la violence sera là, pour rappel ce ne sont pas les tenues des femmes ou l’alcool qui violent et agressent mais bien les violeurs et agresseurs. Mais ils ne s’emparent pas du sujet ou alors que très lentement. Mais à mon avis ils ont tout intérêt à se préoccuper de ces questions, notamment celles de la masculinité; beaucoup d’hommes ne se reconnaissent pas dans le carcan viriliste qu’on a à l’heure actuelle. Donc oui, ils doivent s’en emparer et cela ne peut que venir d’eux, on ne peut pas le faire à leur place.

Que diriez-vous à un étudiant qui ne connaît pas votre blog/page pour lui donner envie d’aller y faire un tour ?

Que c’est vachement bien, qu’il y a plein de vidéos pornos… (rires). Non, que c’est un projet qui recueille des témoignages de femmes victimes de harcèlement et qu’il faut y aller pour se rendre compte de la réalité des choses, de ce que ça fait d’être une femme dans l’espace public en 2017 en France. C’est aussi un très bon support de discussions qui va générer plein de conversations et c’est tout ce j’espère, que ça fasse réagir de plus en plus de monde.

Par rapport au forum Paye ta fac notamment, pensez-vous que les choses aient changé pour les femmes dans le monde étudiant?

Alors non, c’est trop rapide, surtout que Paye ta fac est encore un forum très jeune (1 an et demi). Alors oui, celles qui le tiennent ont réussi à épingler certains professeurs etc, et parviennent à médiatiser certains cas mais maintenant, le changement va prendre beaucoup plus de temps que ça. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une méfiance accrue de la part des harceleurs en raison de la multiplication des « Paye ta » et « Paye ton ». Ils savent qu’à tout moment ils peuvent se retrouver sur Twitter, Facebook,… J’espère qu’à terme ce soient donc les harceleurs qui flippent d’harceler plutôt que les femmes d’être harcelées.

Avez-vous noté des améliorations notables depuis la création de PTS ? Quels sont les objectifs que vous souhaiteriez atteindre avec ce projet et comment le développer?

Absolument aucune. Dans les témoignages que je reçois, c’est toujours la même fréquence, la même violence. Par contre, lamélioration que je vois c’est l’engagement: il y a de plus en plus de femmes et de très jeunes femmes qui s’engagent, qui se disent féministes, alors que c’est pourtant encore un mot qui fait peur, très négatif (« Avoir peur d’un nom ne fait qu’accentuer la peur de la chose elle-même » H.Granger). La vraie bonne nouvelle c’est donc ça, d’autant plus que les formes d’engagement se sont multipliées. Avant, le militantisme c’était un peu ringard, des manifs avec des pancartes et des porte-voix alors qu’aujourd’hui on a plein de façon de s’engager sans forcément sortir de chez soi.

Aujourd’hui je suis en train de mettre au point un vrai site internet qui viendrait se substituer au blog, sur lequel je mettrais en avant d’autres féministes, les présenter et leur permettre de répondre aux questions que les journalistes ne leur posent jamais.

Que pensez-vous des mesures mis en oeuvre par le gouvernement pour mettre fin/ réguler le harcèlement fait au femme (cf M. Schiappa) ou sur le débat autour de l’âge minimum de consentement?

Le Président recommanderait que l’âge minimum du consentement soit aligné sur l’âge de la maturité sexuelle, soit 15 ans. Je trouve que c’est une bonne idée car on a effectivement eu droit à 3-4 affaires cette année sur des petites filles de 11-13 ans ayant été victimes de viols, où on dit encore qu’on ne peut pas prouver qu’elles n’étaient pas consentantes. C’est très grave car aujourd’hui on correctionnalise l’affaire ; le violeur est jugé pour agression sexuelle ou atteinte sexuelle mais pas pour viol. Il risque donc beaucoup moins et la démarche n’est pas la même. On interdit de la sorte aux victimes de mettre le mot de viol sur ce qu’elles ont vécu; c’est d’une violence terrible.

De quelle manière cela-t-il changé votre vie ? Dans votre vie de femme? Au niveau professionnel ? 

Au niveau professionnel je fais toujours le même métier (graphiste) mais plus du tout de la même façon; c’est du graphisme engagé. D’ailleurs, dans les cours que j’enseigne, mes élèves travaillent sur des magazines féministes par exemple. En tant que femme, c’est un peu compliqué quand on déconstruit plein de représentations parce qu’il y a beaucoup plus de choses qui nous énervent qu’avant. Sinon pas grand chose, juste certains mecs n’osent pas me parler sur Tinder parce qu’ils m’ont reconnue mais ce n’est pas très grave (rires).

Et si vous vouliez connaître ses références cinématographiques ou bibliographiques:

Amandine GAY – Ouvrir la voix (2017) / Rokyaha DIALLO / Sarah ZOUAK / Christine DELPHY / Martin WINCKLER – « Le coeur des femmes ».

Nous espérons vous avoir encore plus convaincu(e)s de la nécessité de s’engager davantage dans cette lutte, car oui c’en est une. Nous voudrions remercier Anaïs Bourdet de s’être prêtée au jeu de l’interview et pour la conférence inspirante qu’elle nous a donné. Merci également à l’équipe de Mauvais Genre, nos collaboratrices de choc.

Loane Watrelot, Elhia Pascal-Heilmann, Juliette Raux

 

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