Thé, saucisson et train de nuit: l’aventure à la russe,

En ce mercredi froid et vicieux pré TAKE OVER, Mélissa t’embarque avec elle au pays de la vodka, du gris, de l’URSS (lol) et surtout de Poutine. C’est Hubert-Félix Delattre qui nous emmène à Moscou pour nous plonger dans une ambiance Tolstoi vs capitalisme au sein d’une ville entre tradition et modernité

kremlin 2

« Passionné de longue date par la Russie, c’est naturellement que j’ai choisi ce pays pour passer ma troisième année… à la fraîche !

Mais pourquoi cette passion ? Un pays glacial, gris ayant de plus en France une sombre réputation de dictature impérialiste.. Cette question, que l’on me posait déjà en France, est aussi récurrente ici depuis mon arrivée fin août… Les jeunes Russes, au mode de vie américanisé  – en ce qui concerne Moscou -, sont en admiration devant l’Occident, et ne comprennent en effet souvent pas ce choix ; beaucoup, au contraire, veulent découvrir l’Europe, son climat, son mode de vie… En fait, si à l’origine c’était l’histoire et le symbolisme soviétique qui m’avaient rapproché de ce pays, je fus vite envahi par sa langue si mélodieuse, par lincroyable immensité de ce pays et sa grande biodiversité, sa riche culture et sa situation contemporaine, si unique et paradoxale…

Dès mon arrivée à Moscou, je n’ai pas été déçu par le dépaysement et j’ai vite adoré la vie ici! J’ai découvert une mégapole internationale de quasiment 15 millions d’habitants en pleine transformation et notamment galvanisée par l’organisation de la coupe du monde de football qui aura lieu bientôt. Cité nocturne et festive, où on peut toujours trouver quelque chose d’ouvert. Une ville où la plupart des 204 stations du quatrième métro le plus utilisé au monde s’apparentent à des palais où les bulbes dorés des églises font face à d’énormes bâtiments et où les symboles communistes côtoient l’aigle bicéphale. Bien que l’énorme majorité de la ville soit constituée de bâtiments résidentiels neufs ou issus de la période soviétique, le patrimoine historique est encore très important et a été restauré et mis en valeur ces dernières années, tout comme les nombreux musées! Le centre-ville est d’ailleurs magistralement beau, c’est toujours un plaisir que de se promener dans les rues de Kitay Gorod et d’observer briller l’une des étoiles du Kremlin, de regarder la Moskova couler depuis le Park Gorki ou de descendre la rue Tverskaya depuis la place Pouchkine ! Il faudrait un temps infini pour tout découvrir, car après trois mois à passer mon temps libre à aller découvrir de nouveaux quartiers, de nouvelles rues, j’ai l’impression de n’en avoir découvert qu’une petite partie !

Concernant la population locale, à bas les préjugés… Il suffit de se balader dans le parc Gorki par une journée ensoleillée pour le vérifier! Les Russes sont très chaleureux, très accueillants avec les étrangers, d’autant plus quand ceux-ci parlent un peu leur langue et sont Français ! Même les « okhranas », gardes postés à l’entrée de chaque bâtiment, et les babouchkas, qui paraissent très froids et peu cordiaux au premier abord, sont finalement très serviables ! Les Russes sont aussi des amoureux de poésie, de théâtre, de danse et de musique, la vie culturelle est ici très active. Et pas uniquement au Bolshoy ou autres vieux théâtres, il y a aussi une culture « underground » assez importante. Moscou est une ville multiculturelle : par son ancien titre de capitale de l’URSS et son actuel grand développement économique, elle a attiré des millions de personnes de l’ancien empire soviétique ; on y croise donc partout des Ouzbeks (exploités comme main d’œuvre bon marché, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics), des Kazakhs, Arméniens, Ukrainiens, Géorgiens,.. ou autres Bouriates, Oudmourtes, Ossètes, Ingouches, Mordves ou Tatars.

(((Enfin, la beauté des femmes russes n’est pas un mythe, et c’est toujours aussi impressionnant de croiser autant de femmes splendides, que ce soit dans les couloirs de l’université, dans la rue ou dans le métro…)))

Néanmoins, même si je me plais énormément ici, certains côtés de la capitale russe me déplaisent… En effet, la Russie est le pays dans lequel le capitalisme a fait son apparition brutalement, et même si la situation s’est améliorée depuis 2000, les inégalités sont criantes. Moscou regorge de richesses, est saturée de centres commerciaux et de boutiques de luxe etc. Par ailleurs une grande partie de la population vit dans la pauvreté car les aides de l’Etat et les retraites sont maigres et les salaires insuffisants par rapport au coût de la vie. Les travailleurs venant d’Asie centrale vivent dans des baraques en tôle ou dorment à trente dans un dortoir… Cette pauvreté est refoulée aux marges de la ville, dans les banlieues. Les Moscovites vivent aussi dans une certaine hypocrisie, car tout en fustigeant l’impérialisme américain et en étant profondément attachés à leur pays, leur mode de vie semble souvent bien plus américanisé qu’en Europe occidentale : Mcdo et Burger King partout, superficialité et culte du paraître, consumérisme effréné etc. Les Russes ont un sens de la démesure assez élevéExtrêmes politiquement, extrêmes consommateurs, bâtisseurs de l’extrême, picoleurs de l’extrême, et extrêmes dans leurs contradictions… 

 

 

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A propos des études et de la vie étudiante je suis donc étudiant avec Sylvain Hurst et Nicolas-Fédorovitch-Imbert (les « Tovarishi ») à « l’Académie Présidentielle de Russie d’Economie Nationale et d’Administration Publique » (RANEPA- РАНХиГС), nom pompeux pour désigner la plus grande université de Russie (il y a une quarantaine de campus dans le pays) et l’une des plus prestigieuses du pays.

Mais malgré ce prestige, la qualité des cours laisse à désirer, l’intégration des étudiants étrangers est sommaire, l’administration est vraiment désorganisée, régulièrement des cours se chevauchent, se font dans un bureau – faute de salle – ou sont annulés… Une grande partie des élèves vient de familles d’oligarques ou de nouveaux riches car le coût des études est assez élevé, il n’est donc pas rare de rencontrer des étudiants de 20 ans qui viennent à l’université dans leur grosse BMW ! J’étudie principalement les langues ici car en tant qu’étudiants étrangers, nous avons 6 heures de russe par semaine mais aussi pas mal d’heures d’anglais et d’allemand. Au niveau de l’université il ne faut donc pas s’attendre à apprendre beaucoup éducativement parlant mais toutefois l’ambiance de cours est très tranquille, les absences et les retards sont plus que tolérés et le niveau des cours est plutôt bas…

Le campus est immense, il est composé de 9 grands bâtiments, dont trois tours de 27 étages. Nous vivons au sein même du campus dans un « obshejitie » (résidence étudiante). Le prix est vraiment élevé comparé aux autres universités russes, car si ailleurs le loyer est en moyenne autour de 15 euros par mois, nous payons ici autour de 170 euros pour vivre avec un coloc dans une petite chambre! La vie de l’obshejitie tourne un peu autour de ses deux cuisines communes, qui peuvent être un bon endroit pour rencontrer du monde mais peu de locaux malheureusement. Le Campus est malheureusement assez loin du centre (quasiment 30 minutes en métro), il se situe dans le sud-ouest de la ville.

Quant au coût de la vie il est moins élevé qu’en France mais c’est à nuancer car Moscou reste une mégapole internationale et pour beaucoup de produits les prix sont européens voire même plus chers. En effet, si le kilo de pomme de terre coûte 15 centimes, le kilo de filet de poulet coûte 3 euros et le ticket de métro 50 centimes ; le logement est très cher (quasiment comme à Paris), tout comme les vêtements et les chaussures. Mais pour les amateurs d’alcool, la bouteille de vodka est à 5 euros et dans un bar la pinte est entre 2 et 3 euros !

La Russie est un territoire si vaste, avec une telle diversité de cultures et de paysages qu’il serait dommage de ne profiter que des douillets bars moscovites et de ne rester qu’entre étudiants internationaux à l’Obshejitie. Les moyens de transport sont bon-marché donc c’est assez facile de voyager en Russie, même si bien souvent il ne faut pas être pressé car c’est le train de nuit qui est de rigueur généralement… Par exemple,  en s’y prenant à l’avance on peut trouver des allers-retours à Saint-Pétersbourg pour 30 euros et il faut compter 40 euros pour s’aventurer à Kazan, capitale du Tatarstan! De plus, Blablacar s’est bien implanté ici et n’est vraiment pas cher et les vols low-cost permettent d’aller facilement en Sibérie ou dans le Caucase pour les plus motivés. Pour ma part, comme on peut rater des cours sans trop de problème j’ai voyagé en dehors de Moscou à un rythme d’une fois toutes les deux semaines. S’échapper de la mégalopole soviétique fait toujours du bien et cela permet de découvrir la vraie vie russe, les joies du sauna, des bars pas chers, des vieux kremlins médiévaux… Il y a une vraie différence entre Moscou et le reste du pays car Moscou aspire un peu toute l’économie du pays. Ailleurs, on sent davantage la pauvreté, les prix sont bien plus bas et les bâtiments plus gris mais c’est d’autant plus authentique et les gens sont plus véritables et chaleureux. C’est certainement le seul pays où vous pourrez pendant votre 3A boire du thé et manger du saucisson (le fameux « Kolbassa ») dans un train-couchette vous emmenant dans une ville quelconque, grise et froide, au nom difficilement prononçable et sans grand intérêt, mais où vous pourrez y trouver certainement un ou deux monastères, une statue de Lénine et surtout des habitants au cœur chaud.

Enfin, je dirais que pour profiter réellement de son année en Russie il faut avoir un esprit aventurier… car c’est un pays dans lequel il faut s’accrocher un peu, ce n’est pas les Bahamas ou Bora-Bora et si vous voulez chiller au bord de la plage ce n’est pas ce qu’il vous faut… La vie y est souvent rude, à cause du climat bien sûr, mais aussi à cause de la difficulté de la langue, de la différence de mentalité, de la complexité administrative... Il faut être prêt à se faire engueuler férocement en russe par un chauffeur de bus ou un agent admiratif, sans broncher, à se faire voler son portefeuille après s’être vu refuser l’entrée en boite… car je pense qu’il ne peut se passer une 3A en Russie sans quelques difficultés, sans un petit moment de souffrance, mais c’est le jeu, la Russie, ça prend réellement aux tripes (au risque de les perdre, cc Dima).

 

ДО ВСТРЕЧИ В МОСКВЕ ! »

Hubert-Félix Delattre

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