Le Caire : la fascinante cosmopolite

Humeur morose, un peu irritable, un temps tout pourri… il faut avouer que le mois de novembre est le pire. Et pour couronner le tout : des partiels qui approchent. Mais ce mercredi, on va encore te  faire voyager en t’annonçant la destination avec des clichés qui fonctionnent : aujourd’hui direction le pays des pharaons et des pyramides et sa capitale tant de fois fantasmée. On laisse la parole à Mélissa Testouri que l’on remercie pour son témoignage si riche et instructif qui nous donne envie de modifier nos voeux et de prendre un vol direct pour Le Caire …                                                                                                                                                               23548491_10207779542086421_799768025_n

«  »Welcome to Cairo » a été la phrase que j’ai le plus entendue depuis que je suis en Egypte. Du vieux marchand de légumes au chauffeur de taxi, les Cairotes ne manquent pas une occasion pour que tu te sentes à l’aise. Au départ, le Caire est comme une première gorgée de zibiba (pastis du Moyen-Orient), à savoir déconcertante. Et puis rapidement, tu apprécies le Caire comme tu apprécies ton verre (à tel point que tu vides la bouteille achetée au Drinkies du coin). Et parfois tu t’imagines même passer ta vie dans cette ville immense et peuplée. Il est vrai que le Caire est l’une des villes les plus polluées, sales, bruyantes et bondées du monde mais tu t’y sens comme à la maison. Et le plus surprenant est que tu t’habitues très vite à cette ambiance…

Au bout de 2 mois, je ne m’étonne plus d’entendre le muezzin chanter tous les matins. Je ne suis plus choquée de voir des chiens de rue se battre pour un morceau de viande. Je me suis habituée à la cacophonie de la ville jusqu’à la trouver des plus normales. J’ai adopté la technique du « walk like an Egyptian » en esquivant les voitures qui tentent de me faucher toutes les 10 minutes. Mes mots préférés sont « maalesh » et « khalass ». Je peux passer des heures à jouer au tawla (plus communément appelé badgammon) dans un café avec un thé à la menthe et une chicha. J’apprécie les vendredis lorsque les rues sont calmes et vides. Le matin, finis les croissants-cafés, je me nourris de foul (petit pain fourré à la purée de fèves) et de jus de mangue (Le Caire est surnommé The Big Mango). Je connais même le prix de mes courses en taxi et leur variation selon le trafic.

Ce véritable coup de cœur pour le Caire ne serait rien sans ses habitants. Impossible de ne pas croiser un Cairote qui t’invite à boire un thé, qui te ramène jusqu’à chez toi quand tu es perdue, qui paie discrètement l’addition pendant que tu es au WC ou qui te demande réellement si tu vas bien (d’ailleurs, il existe 3 manières de dire « comment vas-tu ? » afin de s’assurer que la personne va bien). Le Caire est marqué par un fort melting-pot où se côtoient musulmans, coptes, expats, familles traditionnelles, jeunesse dorée hipster, Soudanais, Yéménites et j’en passe. Je découvre un nouveau Caire tous les jours, un nouveau quartier, des nouveaux habitants, une nouvelle façon de vivre. Et c’est cette sensation qui me plaît, de savoir que chaque jour est différent et que chaque rencontre est enrichissante. Il est possible de croiser dans la même rue un jeune copte tatoué (I love Jesus, grande tendance qui fait fureur chez les tatoueurs), un musulman pieux (reconnaissable grâce à la tache marron sur son front), une femme en niqab avec ses enfants, une jeune hipster aux cheveux courts et un tee-shirt Pink Floyd et un expat anglais ou français. C’est un mélange à la fois fascinant et rafraîchissant.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’Egypte est réputée pour un coût de vie extrêmement bas. Le ticket de métro coûte 2 livres égyptiennes (soit 0,09€). Les courses de taxi avoisinent les 15 livres égyptiennes (soit à 0,80 €) et on peut manger pour trois fois rien. Les bières sont vendues un peu partout à des prix très petits (environ 30 livres soit 1,50€) et la plupart des bars sont nichés sur des rooftops avec parfois des vues surprenantes sur le Nil. Concernant les sorties nocturnes, le Caire regorge d’évènements : expositions photos, concerts, night-club, chansons traditionnelles, danses soufis, festival de films… Le choix est assez varié. Je vis avec deux Egyptiennes et une Luxembourgeoise dans un appartement typiquement égyptien (bonjour le kitsch) à deux pas de l’Institut Français. Mon loyer est dérisoire à savoir 1200 livres (environ 60 euros par mois !!). Le quartier est très vivant et animé. J’ai des cours d’arabe (égyptien, culture égyptienne et arabe littéraire) à l’Institut Français uniquement la matinée. Pratiquer la langue dans la rue est facile car la plupart des égyptiens sont avenants et souriants.

Le harcèlement de rue est un réel problème en Egypte (mais rien à voir avec ce que décrivent les médias…). Certes, il faut être vigilant mais personne ne m’a touchée ou tentée de le faire. J’ai déjà pris plusieurs fois le métro ou le taxi seule le soir sans être embêtée. Il est vrai que marcher dans la rue n’est pas toujours agréable (entre regards et sifflements) mais jamais au point de ne plus vouloir sortir de chez moi. La culture du pays fait que les rapports entre hommes et femmes sont compliqués (la plupart des écoles primaires sont non-mixtes et seulement 23% des femmes travaillent). Cependant, il ne faut pas généraliser. La femme égyptienne, sort, s’amuse et jouit d’une certaine liberté. Ma colocataire égyptienne ne vit plus avec ses parents, sort le soir, a des amis égyptiens, porte des jupes etc… On est loin de l’image de la femme musulmane que les médias tentent de véhiculer.

Outre le Caire, l’Egypte regorge de lieux magnifiques : Alexandrie, Louxor, Assouan, la mer rouge, les déserts et les oasis. Quelques semaines après mon arrivée au Caire, je suis partie à Dahab (littéralement « or » en arabe), petite ville bordant la mer rouge (vue impressionnante sur l’Arabie Saoudite). Petit paradis où le chill est au RDV, Dahab est réputée pour être le spot de plongée le plus populaire du monde (les plus beaux poissons et coraux, si si). Il suffit (simplement) de prendre un bus partant de Tahrir Square et de voyager 11 heures dans un confort des plus absolus (checkpoint toutes les heures, clim extra forte au point de tomber malade, bagages fouillés, autant dire que c’était une sacrée aventure). Je reviens également d’un week-end à l’oasis de Fayoum avec Alycia Guarneri qui, en toute objectivité, est devenu plus bel endroit de ma vie. Les activités sont nombreuses : visiter le désert de Wadi-El-Rayan avec Omar, le khouya, notre bédouin de l’ambiance, se baigner dans le lac en plein mois de novembre, faire du sandboard en contemplant le coucher du soleil, boire le thé et fumer avec des bédouins autour d’un feu de camp où se mêlent chants locaux et sons des darbouka, faire de la poterie avec Ibrahim… A seulement 2 heures du Caire (sans traffic évidemment), le lieu est une bouffée d’oxygène, un lieu de repos.   

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Il faut vivre Le Caire comme une expérience unique car il n’en existe pas deux comme elle. C’est une ville pleine de contradictions, entre tradition et modernité, entre religion et hypocrisie. Ces contradictions la rendent fascinante. Je redoute le moment de partir mais pour l’instant inchallah j’ai encore des histoires à vivre et des lieux à découvrir. »

Mélissa Testouri 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “Le Caire : la fascinante cosmopolite

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s