De Boston à Amman, la condition des femmes dans le monde

Hier soir se tenait en salle 102 la dernière conférence du premier cycle de Mauvais Genre « Femme de Paris à Amman : genre, conditions, sexualités, quelles réalités ? » avec des 4A qui revenaient sur leur propre expérience durant leur année de mobilité. En cette veille de clôture des vœux de troisième année, il était particulièrement intéressant d’assister à cette conférence qui relatait cinq expériences, toutes différentes, de jeunes femmes (aucun étudiant masculin n’ayant répondu présent à l’invitation). Retour sur cette soirée dépaysante.

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Direction Boston, l’Amérique du Nord donc, avec Nisrine Mbarki, qui nous raconte son séjour d’un an dans une université entièrement de jeunes filles. Là-bas, les valeurs du féminisme sont promues aux étudiantes, et de nombreux cours sont en relation avec ce mouvement. Les thèmes des micro-discriminations (actions mineures mais qui, répétées, constituent une réelle stigmatisation et une marginalisation) ainsi que celui du consentement sont beaucoup abordés. C’est assez paradoxal, nous confie Nisrine, car aux Etats-Unis, la culture du date est très présente. C’est très codifié, là où en France c’est plutôt naturel. C’est pareil au Japon comme nous l’explique Marina qui y a passé un an. Enfin, si vous pensiez qu’à Boston les filles restent sagement entre-elles, que nenni ! Les garçons du MIT sont là pour fournir un peu de mixité, notamment à travers les soirées des fraternités, qui peuvent parfois être une expérience assez déstabilisante pour les étudiantes tant les Américains semblent…directs !

Du côté du Moyen-Orient, en Jordanie plus précisément, Louise Thouzellier nous raconte son expérience d’un an, dans une université où elle était la seule occidentale. Le plus surprenant à Amman est probablement la division claire et nette entre garçons et filles qui ne se côtoient que très peu. Chacun a une place bien précise et connait son rôle :  la famille est en effet au centre de la société. De plus, le droit coutumier est très fort (existence encore des crimes d’honneurs comme les adultères, qui peuvent entraîner des meurtres qui ne sont pas punis par la loi !). De plus, au niveau de la sexualité, c’est encore très tabou : avoir des relations sexuelles avant le mariage est illégal ce qui provoque une grande frustration dans la population. Malgré tout, les lois font avancer petit à petit les choses : les femmes ont accès au parlement, aux études… En réalité, c’est le carcan social qui rend difficile ces avancées.

C’est un peu la même chose en Europe de l’Est, et particulièrement à Prague, comme le décrit Camille Boyer qui a fait son stage là-bas. En effet, il existe des lois très libérales concernant les droits des femmes, mais il y a un décalage avec les mentalités. Ce n’est pas à cause de la religion, précise Camille, mais plutôt du poids de la société soviétique. Quelque chose qui l’a particulièrement frappée est la non-acceptation, voire l’extrême violence envers les homosexuels (pas étonnant quand on sait que le président actuel de la République Tchèque est ouvertement homophobe…). De plus, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes dans ce pays est le plus important d’Europe : 22% en moyenne contre 15% en France (et nous n’avons pas de quoi être fiers). La fonction de la mère est encore présente et très importante dans la société tchèque.

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C’est également le cas au Mexique, à Guadalajara (ouf j’ai réussi à l’écrire) où, même si la société reste très machiste, il y a aussi, paradoxalement, du respect pour les mères qui ont un rôle majeur dans la société. Encore une fois, comme nous l’explique Léna Prouchet, là où la politique veut faire avancer les choses (avec la présence de ONU woman, la signature de plusieurs conventions, des lois assez libérales dans certains Etats), il y a des mentalités conservatrices qui persistent. La désinformation sur la sexualité, la contraception et les tabous sont nombreux. De plus, les féminicides (tuer une personne parce que c’est une femme) ne sont pas qu’une légende au Mexique, mais ils ont lieu à la frontière avec les Etats-Unis (donc c’est pas forcément l’endroit où tu vas faire ton footing du dimanche tu vois) et les violences faites aux femmes indigènes existent aussi. Aussi, la fac est un moyen pour les jeunes femmes de se trouver un mari et de fonder une famille : elles sont donc dépendantes, dès leur plus jeune âge, des hommes (pour conduire, subvenir à leurs besoins etc.). Une fois mères, les femmes doivent presque se sacrifier pour leurs enfants (d’autant plus qu’il y a des mères très jeunes, l’avortement étant impensable pour la plupart de celles-ci). Le rôle de mère est donc une sorte de consécration.

Enfin, on termine ce tour du monde par le Japon avec Marina Cassini, et comme au Mexique, la société japonaise fait porter sur les épaules des femmes, un poids social énorme. Alors que les hommes ont un rythme de travail acharné, leurs épouses restent à la maison et doivent tenir le rôle de mère modèle : elles doivent montrer à la société qu’elles sont parfaites. La société pèse ainsi énormément sur l’individu. En plus, vous n’êtes pas sans savoir que le Japon a un (léger) problème de natalité en ce moment, à cause de personne qui ne se mettent pas assez en couple (oui, se mettre en couple au Japon c’est pire que la traversée du Mordor tellement c’est compliqué). Bref, le gouvernement essaie de remettre les femmes sur le chemin du monde du travail pour remplacer la main d’œuvre qui sera trop veille d’ici une dizaine d’année, mais comme nous l’explique Marina, il faudrait d’abord s’occuper de la flexibilité et des horaires de travail qui rendent impossible l’émancipation des femmes et la garde des enfants.

Voilà, ces cinq témoignages ont dressé un portrait (qui n’est pas exhaustif) de ce qui se passe dans les pays respectifs de nos cinq ex-aixpats concernant les droits des femmes. Si dans la plupart des endroits on remarque une réelle volonté des gouvernements de faire évoluer les mentalités, sur le papier cependant, ces nouveaux droits sont peu reconnus car peu acceptés par les sociétés locales, encore emprisonnées dans les traditions et les schèmes de pensées archaïques.

Mauvais Genre fera très bientôt un afterwork sur le thème de la place des hommes dans le féminisme, et cette fois-ci elles espèrent voir beaucoup de garçons car ce combat les concerne aussi dans une certaine mesure.

Bravo à nos potos de MG et aux intervenantes qui, en nous faisant voyager, ont fait de ce lundi de rentrée, un jour un peu moins morose.

 

Loane Watrelot

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