La Corée du Sud : un pays de contradictions

Ce mercredi 18 octobre marque le retour de la rubrique des Aixpat followers, qui vous permet de suivre les aventures des actuels 3A à l’étranger. Chaque mercredi donc, nous vous donnons rendez-vous avec un Aixois en vadrouille à l’autre bout du monde. Nous ouvrons cette rubrique avec Anna Drettakis (aka ancienne manitou footsaix), partie en Corée du Sud, à l’université d’Hankuk à Séoul. Elle nous décrit à travers ses mots et ses clichés à l’argentique l’ambiance contrastée de ce pays qui est au croisement de la modernité et des traditions. Que vous souhaitiez aller en Asie ou non, son récit vous fera voyager à coup sûr…

  • Pourquoi la Corée du Sud spécialement ? Qu’est-ce qui t’a attirée dans cette culture ?

     « La Corée du Sud était mon deuxième choix, la Thaïlande mon premier. J’ai sélectionné ces deux destinations car elles se situent en Asie de l’Est.

          « C’était une sorte d’instinct, j’avais envie de vivre dans cette partie du monde et de la découvrir. En plus, je n’y avais jamais été et le peu que je connaissais des cultures asiatiques me fascinait. Il faut ajouter que que le potentiel esthétique des paysages et des gens est énorme, pour une passionnée de photographie c’est ce qu’il me fallait.

      « Je souhaitais aussi partir loin, très loin de chez moi, d’Aix, des gens qui m’entouraient, de mon confort, de ma routine. Je voulais être dépaysée, rencontrer des gens différents, voir l’Asie de mes propres yeux, comprendre d’où venaient les clichés qui lui sont attachés.

         « Ce qui m’attirait en Asie de l’Est, ce sont les couleurs, la nourriture (je raffole de la bouffe asiatique – vietnamienne, thaï, japonaise, chinoise…), les traditions, le bouddhisme, l’immensité de certaines villes comme Séoul et la beauté des paysages et des gens, l’histoire, les civilisations, les différences sociétales… »

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  • Comment se passe ton intégration dans ton université ? Les cours et les étudiants correspondent-ils à tes attentes ?

         » L’intégration dans mon université se passe très bien, « HUFS » (Hankuk University Of Foreign Studies) a l’habitude d’accueillir des étudiants internationaux. Je me suis fait rapidement des copains venant de différents pays. Des évènements ont lieu, le campus est grand, cool et bien organisé. L’ambiance est vraiment agréable.

         » Je dois avouer que je n’ai pas choisi Séoul pour son univ, ni même pour ses cours. Je n’ai que 2 jours de cours par semaine aha, et le niveau est assez bas. Je voulais avoir le temps d’explorer la Corée ! Cet emploi du temps m’a permis de bien connaitre Séoul et de voyager dans plusieurs petits villages du fin fond de la Corée. Mais ça n’empêche pas les cours d’être intéressants. En prenant les cours Korean History, Society, Culture et Literature, je comprends mieux d’où viennent les traditions et pourquoi la situation actuelle est telle qu’elle est. J’ai aussi découvert que j’aimais la littérature coréenne contemporaine. Puis, j’apprends la langue, on est loin du bilinguisme mais ça m’aide de connaitre le vocabulaire de survie (très peu de Coréens parlent anglais) et je sais lire le coréen maintenant (faut compter 5 minutes par phrase mais déjà ça) ! »

  • Après quelques mois à Séoul, quelles sont tes sensations sur ce pays ?

          »  J’ai énormément à dire de ce pays que je me suis surprise à aimer dès les premiers jours. Avant tout, je m’y sens très bien, les habitants sont adorables et très serviables, ils n’hésitent pas à perdre de leur temps pour aider les étrangers. Ensuite, après plus de cinquante jours passés ici, je peux dire que je ne me suis jamais sentie en insécurité, que ce soit à deux heures de l’après-midi sur le campus ou à quatre heure du matin dans les rues. De plus, alors que si j’avais vécu à Nice (ma ville d’origine) je me serais faite harcelée quasi quotidiennement, en Corée du Sud je ne l’ai pas été une seule fois.

        » Vivre en Corée est à la fois dépaysant et confortable. Je vis dans une grande chambre que je partage avec Émeline. Elle est propre, il y a le wifi et elle est équipée. On a eu beaucoup de chance avec la température, une moyenne de 20° jusqu’à maintenant et du soleil presque tous les jours. On peut trouver toute sorte de nourriture et il y a des magasins de tout, partout. Je ne manque de rien ici!

         » Sinon, Séoul est une ville magique et pleine de surprises, en ce sens qu’on ne peut jamais prévoir ce qu’on va voir au coin de la rue. Si l’on s’amuse à se perdre dans la ville, on peut tomber à tout moment sur un magnifique temple, un immense jardin paisible, un quartier mignon, une vue à couper le souffle, une fontaine ou un cour d’eau, et ce, en plein coeur de la ville!

        » Enfin, le mot qui caractérise Séoul et plus largement le pays est : contradiction (connoté positivement). Pourquoi me direz-vous ? Eh bien parce que tout en étant une ville en ébullition, on trouve facilement des endroits calmes, sacrés où l’ont peut se reposer, se recueillir. C’est une ville très avancée, propre, où la pauvreté se voit peu et où les gens sont généralement très bien habillés, mais au bord du quartier le plus riche (Gangnam) il existe un grand bidonville et beaucoup de retraités vivent dans la précarité car aucune aide de l’État n’existe pour eux. De plus, les coréens travaillent comme des acharnés et leurs journées sont inhumaines, le taux de suicide est le deuxième le plus haut du monde (des brigades anti-suicide arpentent les ponts). Aussi, c’est un État assez conservateur qui garde un héritage confucianiste (amour éternel, pudeur, traditions) mais des mesures féministes comme les congés menstruels ont été mises en place ou bien, des tendances comme la K-pop contrastent avec les traditions. La prostitution est malheureusement très présente.

 

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            En venant ici, je pensais me perdre dans un pays high tech et ultra consommateur et je me retrouve au milieu d’adultes et personnes âgées qui se retrouvent souvent pour faire de la randonnée, se donnent rdv dans un pavillon pour discuter, jouer aux cartes et boire du soju ou bien au sommet du Mont Bukhansan à regarder le soleil se coucher dans le plus grand des calmes. »

  • Quelque chose en particulier qui t’a marquée ou surprise ?

            » Plusieurs choses m’ont marquée en plus de ce que j’ai évoqué précédemment.

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Le culte de la beauté est très présent, et d’ailleurs véhiculé par la K-pop. Les critères sont clairs : avoir la peau blanche, être mince, avoir une certaine forme de visage. Près de 50% des vingtenaires coréennes ont déjà eu recours à la chirurgie esthétique. La pression est grande pour les jeunes filles qui doivent correspondre aux standards stricts. L’univers des cosmétiques est presque religieux, il existe des « Skin Food », des magasins de produits de beauté faits à partie d’ingrédients naturels, ils proposent d’acheter des masques par lots de 50 !

J’ai aussi été surprise par l’importance de la K-pop. C’est dans le quartier d’Hongdae qu’une flopée de jeunes artistes montrent aux passants leur talent. Des espaces sont aménagées pour les chanteurs, rappeurs, danseurs… Tous espèrent être repérés par des grands groupes qui les mèneront à la gloire et à la fortune. La K-pop est une énorme industrie et un business très lucratif, elle représenterait 80% du marché national. De plus certaines vidéos d’artistes de ce genre musical sont regardées des dizaines de milliards de fois. La K-pop d’un point de vue occidental est une sorte d’amusement étrange et peu important alors que c’est en fait tout l’inverse. »

Dans un pays aussi éloigné de la France aussi bien géographiquement que culturellement, il était intéressant de demander à Anna s’il y avait véritablement un fossé culturel entre notre pays et la Corée du Sud, avec des habitudes différentes, une façon de pensée spécifique. Elle nous a répondu que là encore c’était une question de contraste. La société coréenne est encore assez patriarcale et avec des mœurs moins libérés qu’en Occident. Cela se ressent notamment à travers la place donnée aux femmes et à la communauté LGBT : « Après, tout cela change lorsque vous observez les coréens dans une boîte de nuit, bourrés à 3h du matin ahah » nous assure Anna. Il y a aussi une certaine fracture entre les générations, et notre aixoise expatriée nous explique que c’est à cause du niveau de vie dans le pays qui a bien changé en cinquante ans : « Malgré cela, les personnes âgées sont très respectées car elles ont vécu dans une Corée dictatoriale, colonisée, et très pauvre ». korea110Il y a des choses aussi plus futiles qui lui ont sauté aux yeux dès ses premiers jours : de multiples salles de sport en plein air, la salle de bain de sa chambre d’étudiante qui est en réalité une grande douche, l’omniprésence de la musique, des mélodies et bien sur l’amour surdimensionné des Coréens pour la France. « Des inscriptions en Français approximatif apparaissent sur les T-shirts, les enseignes de café ou les magasins. Ça donne des « Café artisée », ou « La miason ». Il existe aussi une chaîne appelée « Paris baguette » qui ne vend pas de baguettes » nous livre Anna. Eh oui, il n’y a pas que nous qui avons des t-shirt avec des messages dans une langue étrangère ! Enfin, comment ne pas parler de la nourriture dans l’énumération des grandes différences entre ces deux cultures ? « Les coréens mangent assez sainement globalement. Il est très important pour les restaurants que les plats soient colorés, ce sont donc des arc-en-ciels gastronomiques. Ils sont assez épicés. ». Par contre, si vous n’aimez pas le salé au petit dej’ préparez-vous : c’est riz et kimchi (chou fermenté aux épices) qui seront au menu !

Ensuite, cela ne vous aura pas échappé, Anna publie ses photos sur facebook et son portofolio (https://annadrettakis.wordpress.com/korea/), ce qui nous permet de voyager à travers ces quelques clichés. Nous avons voulu lui demander quelques conseils pour les 3A qui voudraient immortaliser leurs expériences ou les 2A qui vont bientôt partir…

La lumière est très importante, elle permettra de mettre en valeur votre sujet. Aussi, ne faites pas les feignants et choisissez plutôt le mode manuel qu’automatique sur votre appareil photo (cf. les tutos sur youtube qui peuvent vous aider). Anna préconise aussi d’avoir une bonne perspective, de chercher le meilleur angle et de préférer les paysages graphiques. Encore une fois, la photographie n’est pas une passion pour les paresseux : il faut être patient, oser prendre en photo des personnes («  tout en respectant leur refus » ajoute Anna), et avoir quelques connaissances en logiciel de retouche (ne prenez pas peur les 2A, ça n’a rien avoir le logiciel Stata). Enfin, il faut être curieux et lire des articles en s’inspirant du travail des autres mais aussi de notre propre expérience.

Pour conclure cette interview, Anna nous a livré les choses qui lui manqueront le plus quand elle rentrera en France, en voici un florilège :

« Le fait de me promener dans la rue sans faire attention à mes objets de valeur et sans qu’un gros lourd vienne m’accoster.

            Manger un repas savoureux pour moins de 5€ (à la cantine on mange pour 2€…) et la nourriture coréenne en général va beaucoup me manquer.

            Me balader dans les jardins et les parcs nationaux de Corée ou dans certains quartiers comme Hongdae (le best).

            Aller dans des bonnes boites de nuit, parce que le Mistral et les sons qu’ils passent, très peu pour moi.

            Avoir un budget alcool de 3€ pour chaque soirée (2 bouteilles de 50CL de soju, alcool à 15/20° coutent max 3€, on comprend mieux pourquoi les Coréens boivent beaucoup, presque autant que les Russes). »

On remercie chaleureusement Anna pour ses réponses et ses jolies photos, et lui souhaitons une super année au pays du matin calme!

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Loane Watrelot

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