Beyrouth l’insoumise : Chronique d’une 3A au pays du Cèdre

Aujourd’hui, en ce jour des aixpats, nous partons vers Beyrouth. En effet, Medhi vous présente son année de mobilité. Entre galères, informations et paysages, cet article vous apportera tout ce dont vous avez besoin pour partir au Liban.

Bonne lecture, et bonne fin de mobilité à notre aixpat.

Jade IAFRATE.

La première impression de 3A en arrivant à l’aéroport de Beyrouth, après la chaleur étouffante de la fin de l’été, c’est l’arnaque! Les transports en commun étant inexistants ou presque, si tu n’as pas de connaissance venant te chercher, tu seras dépendant du chauffeur de taxi qui tente de t’embrouiller sur les taux de change (le dollar américain est couramment utilisé dans la vie de tous les jours au Liban et 1$=1507 livres libanaises à taux fixe…) puis de multiplier le prix de la course par 4 ou 5, le tout en mettant à fond du Wael Kfoury à la radio, t’offrant un thé ou une cigarette pour te faire baisser ta vigilance, tu comprends alors que tu es au pays de la bonne humeur et de la débrouille! Pour un néophyte en pays arabe, il faut plusieurs semaines pour s’acclimater et devenir un pro de la négociation pour éviter de voir son portefeuille, déjà plombé par la chute de l’euro et saigné à blanc par le coût de la vie élevé, totalement mis à sec par les arnaques en tout genre…

Les loyers démarrent à 350$ et vont jusqu’à 600 voire 650$ pour une chambre en collocation en fonction des quartiers, et il n’existe quasiment pas de studio pour habiter seul. Par contre, il est facile de trouver une chambre dans un appartement et facile aussi de la quitter pour bouger, il n’y a souvent pas de bail et, en général, tout se règle directement avec le propriétaire. Il y a aussi de nombreux foyers religieux qui proposent des chambres pour à peu près 250$ mais avec des règles de discipline parfois strictes. Donc il faut 700$ de budget ou plus pour vivre convenablement en prenant en compte la nourriture et les sorties.

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Au niveau linguistique, s’il est bon de parler un peu l’arabe pour mieux se débrouiller, le français et/ou l’anglais sont aussi parlés et compris par une bonne partie de la population, les Libanais eux mêmes utilisant souvent les trois dans une même phrase, d’où le fameux Hi kifak ça va…

La 3A c’est quand même – et avant tout…- une année universitaire. J’étudie en double cursus à l’Institut des Sciences Politiques de l’Université Saint-Joseph (USJ) et l’arabe à l’Institut Français du Proche Orient (IFPO). L’USJ est une très bonne université (la deuxième meilleure du pays) et offre la possibilité de choisir librement parmi une liste de nombreux cours dans toutes les facultés, à la condition de prendre la majorité des cours en Sciences Po. Les professeurs sont excellents, et les cours sont vivants étant donné qu’il y a seulement des TD et pas d’amphi. Les Travaux Personnels Contrôlés (TPC), qui consistent en des exposés et contrôle continu, constituent la moitié de la note de chaque matière, donc les partiels (appelés au Liban : Finaux) sont moins stressants qu’en France !

L’IFPO se trouve dans le campus de l’ambassade de France, ils proposent un stage d’arabe renommé et reconnu que je suis partiellement (7h de fos7a et 3h de libanais par semaine) étant donné que je suis à l’USJ à coté, les fondants au chocolat du restaurant de l’ambassade sont géniaux, les profs sont bien, il faut avoir étudié un peu l’arabe avant pour profiter pleinement de ce stage, et pour bien progresser travailler un peu de son côté car la masse de vocabulaire reçue est énorme ! Et les cours de libanais sont bien pratiques pour pouvoir commencer à apprivoiser le dialecte qui est assez facile et proche du fos7a, et parler rapidement dans la rue ! Au final avec le double cursus je valide pendant l’année 40 crédits à l’USJ et 20 crédits à l’IFPO.

Tout compte fait je suis satisfait de cette formule mais avec un gout d’inachevé de ne pas suivre le stage complet, peut-être par la suite !

Pour dissiper les inquiétudes, l’un des points forts du pays en ce moment, malgré l’image dégradée dont souffre le Moyen Orient est selon moi sa situation sécuritaire qui est excellente au vu de son environnement. En effet le Liban étant un petit pays en superficie, coincé entre deux voisins turbulents, les services de sécurité effectuent un travail herculéen pour préserver le pays de l’espionnage et de la menace terroriste! Au contraire de ses collègues dans la région, l’armée et la police libanaise sont connues pour leur intégrité et leur cordialité, offrant toujours un sourire et un renseignement au passant qui les sollicite ! L’insécurité est donc limitée par l’armée et la police omniprésents dans les rues, offrant au visiteur se promenant dans les rues de Beyrouth qui ferait pâlir d’envie Paris et même des villes de provinces française!  Reste à convaincre vos parents pour ceux qui voudraient venir…

Quand aux problèmes de circulation et donc de pollution, de coupures d’électricité (les coupures de 3h quotidienne te transformeront en pro du disjoncteur et du générateur) et d’eau (il faut acheter des bidons car l’eau courante n’est pas potable au Liban et même cette eau non-potable est parfois coupée…), ils méritent d’être signalés pour éviter la surprise au nouvel arrivant, mais pas qu’on s’y attarde tant le pays a à offrir en retour… Vraiment, les tracas dérisoires sont vite balayés par l’envie de découvrir, la gentillesse, la diversité et l’ouverture des habitants.. et la nourriture! (Oui, le houmous et le falafel sont libanais et c’est non négociable) De plus le reste du pays est vraiment très villageois et rural, et ne ressemble pas du tout à la capitale, il est facile de s’évader quelques heures ou une journée pour prendre un rythme plus serein.

Le Liban est un petit pays, sa taille équivaut à deux départements français… Une géographie réduite qui contraste avec le nombre de sites inoubliables à visiter, de plats à déguster, de gens à rencontrer et d’expériences à vivre… Concrètement il est possible de monter sur un débris de char israélien au musée du Hezbollah dans le Sud dans la matinée, se baigner à Tyr ou faire du ski à Faraya l’après midi, pour être de retour à Beyrouth le soir pour s’offrir un bon restaurant à Gemmayze ou Badaro, puis faire la fête à Hamra ou Mar Mikhaël, le tout dans la même journée!

La première chose qu’un Libanais te demandera souvent même avant ton prénom est ton origine géographique, ton nom de famille, et s’il n’arrive pas à la déduire, ta confession religieuse! Oui, au Liban tout ou presque est confessionnel, le plus gros problème est le système politique bien sûr où les circonscriptions et les partis sont découpés par ‘’taïfa’’(secte). Certes les jeunes sont assez hostile au système confessionnel ce qui est un bon signe selon moi

Les Libanais sont parfois chauvins et fiers de mettre en avant leur « exception phénicienne », on ne peut qu’être admiratif et frappé, mais aussi triste en visitant ce centre ville, défiguré par 15 ans de guerre puis menacé et abimé par la spéculation féroce des années 90-2000, offrir encore et toujours au visiteur, ces innombrables et magnifiques églises, cathédrales et mosquées accordant au milieu d’une circulation automobile dantesque, leur cloches et leur adhans dans un brouhaha sublime rythmant la vie des 18 confessions religieuses reconnues et respectées par l’Etat, pied de nez collectif et éclatant au visage des charlatans du choc des civilisations…

Oui, à l’image de son centre ville sublime mais déserté, poussant ses habitants dans la nostalgie d’un âge d’or fantasmé, mais aussi de ses nombreux quartiers, maintes fois envahie et bombardée, divisée en deux régions séparées, menacée éternellement par la dislocation et le chaos, ayant connu les pires et les plus belles années, Beyrouth offre à ceux qui veulent bien s’y fondre et qu’elle adopte volontiers ses délices et surtout son insoumission et sa soif de survie.

En conclusion, vous aurez bien compris que je recommande chaudement à toute personne ouverte d’esprit,  curieuse, attirée par le monde arabe ou même pas, de ne pas hésiter à tenter l’expérience libanaise !

Medhi

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