Controverses n°1: TRIBUNE DES GARÇONNES

Tu reviens de vacances, où tu as passé environ 50% de ton temps sur Facebook ou Instagram, soit parce que tu t’ennuyais, soit parce que tu t’ennuyais ET que tu ne voulais pas que tes ami•e•s de Science-Pipo le sachent. Mais pour le reste du temps, accordons nous pour dire que tu en as profité pour te détendre, te dé- connecter, et apprécier de pouvoir buller tranquillement au soleil. Ainsi, tu commences tout juste à te reconnecter au monde normal, et là, que vois-tu ? La France à feu et à sang ! Cette France qui a perdu l’Euro de foot, son bien-aimé premier ministre qui en a profité pour faire passer ni vu ni connu la loi travail, la France qui a essuyé une demande de divorce de l’Angleterre, qui a été secouée par le terrible attentat à Nice, qui a fini 7ème aux Jeux Olympiques de Rio, et finalement, pour les dernier•ère•s rentrés qui pensaient avoir échappé au pire, l’incroyable polémique du burkini… Et dire qu’on voulait juste se reposer tranquillement au soleil.

Ainsi, nous nous devons de féliciter Mr Valls pour ses fines manipulations. Nous soutenons les familles des victimes à Nice, et nous nous garderons bien d’attiser la polémique ridicule et lassante du burkini. Restons plutôt tournés vers l’Angleterre, qui a bel et bien voté en faveur du Brexit à la suite du référendum du 23 juin 2016…

On en aura entendu parler, du Brexit. Et c’est loin d’être fini. En revanche, un événement tragique a également eu lieu à peine une dizaine de jours avant le référendum. Cet événement-ci semble avoir été largement plus oublié par les médias. Le 16 juin 2016, Jo Cox, députée du parti travailliste, a été assassinée. Elle avait 41 ans. Elle militait pour le maintien du Royaume-Uni dans l’union européenne. Ayant été élue députée en 2005, c’était une personnalité montante dans le parti travailliste. Ce meurtre, accompli par un fou extrémiste, était prémédité. Et pour nous, Jo Cox ne serait peut-être pas morte si elle avait été un homme.

On peut évidemment défendre qu’elle a été tuée pour ses idées politiques. Parce qu’elle combattait pour que l’Angleterre reste dans l’UE. Peut-être trou- vez-vous qu’il est absurde d’appuyer sur le fait que Jo Cox était de sexe féminin. Peut-être pensez-vous que c’était simplement parce que son assassin était fou. En tout cas, c’est ce qu’il nous a été donné de lire ou d’entendre dans les médias, ou dans notre entourage.

Pourtant, le meurtre de Jo Cox n’a rien d’anodin, et ce n’est pas simplement un crime lié à ses convictions politiques, ou à la folie de son assassin. Si elle a bien sûr été en partie été agressée pour ses idées, le fait qu’elle était de sexe féminin lui a peut-être été fatal. Chaque jour, des femmes sont victimes d’hommes qui les haïssent. Par ailleurs, Jo Cox était elle-même féministe. Elle avait participé à des campagnes pour combattre les violences envers les femmes. Elle faisait partie du réseau Labour Women’s Network, qui encourage l’entrée de femmes dans la vie publique et politique, par exemple au Parlement, en leur offrant des sessions d’entraînement.

Or, son agresseur était un partisan de la « National Alliance », un groupe néo-nazi prônant la suprématie blanche et masculine sur le monde. Tiens tiens. Alors, quel a été le facteur déclenchant du meurtre ? La dernière ligne droite vers le référendum pour le maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne ? Le racisme contre lequel Jo Cox luttait ? Ou encore le simple fait qu’elle appartienne au sexe féminin, et qu’elle soit par-dessus tout, une militante des droits des femmes ?

Jo Cox a été tuée parce qu’un homme voulait la faire taire. Il voulait la stopper dans sa campagne pour ses idées. Il l’a assassinée pour sa haine envers les femmes qui prennent le pouvoir. Le meurtre de Jo Cox n’est pas un cas à part. Si elle a aussi été tuée en raison de ses idées politiques, son cas reste représentatif des violences faites aux femmes dans le monde.

Le meurtre de Jo Cox porte un nom. Pour nous, c’est ce qu’on appelle un féminicide : « Meurtre d’une femme, d’une fille, en raison de son sexe » (Petit Robert, 2015). Chaque jour, des femmes sont tuées par des hommes. À l’inverse, en France les femmes ne représentent que 7,7% dans le chiffre total de la grande criminalité, les viols, les meurtres, les braquages. L’image des femmes dans les pages faits-divers et judiciaires ne fait statistiquement pas débat : c’est celle de victime. Selon le haut conseil à l’égalité, en novembre 2014, en France, sur une population carcérale de 77 788 personnes, les femmes représentent 2794 détenues, soit 3,6%, tandis que les hommes sont 74 994. Ainsi, les chiffres indiquent bien que les hommes sont principalement responsables des meurtres. 80% des victimes d’homicide étaient des hommes, tout comme 95% des auteurs. Toutefois, lorsque les homicides découlent d’actes de violence domestique, qui comptent pour environ 15% de l’ensemble, 70% des victimes sont alors des femmes. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint.

Ne voyons-nous pas régulièrement dans les faits divers des meurtres de femmes ou de jeunes filles, commis par un homme divorcé, un mari jaloux, ou un père tyrannique ? Ce ne sont pas des cas isolés. Ce ne sont pas des accidents. Ils ont lieux fréquemment, et personne ne semble s’en offusquer plus de deux jours quand un journal en fait sa une. Pourtant, les féminicides sont un problème contemporain qui relèvent d’une culture patriarcale profondément ancrée dans notre société. Ainsi, un mari jaloux pourra penser qu’il a le droit de vie ou de mort sur sa femme, comme le bon paterfamilias avait le contrôle entier sur sa famille autrefois.

Le meurtre de Jo Cox n’est pas un cas exceptionnel. Il résulte d’une haine des femmes qu’ont encore certains hommes aujourd’hui, et de la crainte qu’ils ont de perdre certains de leurs privilèges. Il est de notre de devoir de ne pas garder le silence. Il est de notre responsabilité de dénoncer ces crimes, aussi longtemps qu’ils auront lieu. Tant que des femmes dans le monde seront victimes des hommes, il sera de notre devoir de combattre. Nous ne pouvons pas laisser des femmes se faire assassiner, violer, blesser. Nous ne devrions pas passer notre chemin quand une femme se fait assassiner par un homme haineux. Tant que nous fermerons les yeux, ces crimes atroces perdureront.

 

Par Juliette Richoux, Présidente des Garçonnes

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s