Controverses n°1: TRIBUNE D’AIX ONU

Brexit : la puissance diplomatique du Royaume-Uni sur le déclin ?

Les Britanniques l’ont décidé lors du referendum du 23 juin dernier : la Grande-Bretagne doit quitter l’Europe. Bien que la demande de sortie en bonne et due forme doive encore être déposée par la nouvelle Premier Ministre Theresa May, les dirigeants européens tel que Jean-Claude Junker, Président de la Commission Européenne, ont indiqué que seraient appliquées de sévères modalités. « On n’accueille pas un déserteur à bras ouvert. ». Toutefois, d’autres personnalités issues de la classe gouvernante européenne telle que la chancelière allemande Angela Merkel, préfèreraient garder la Grande-Bretagne comme allié ou partenaire commercial : la sortie de l’Union Européenne des Britanniques ne signifierait en aucun cas la fin des échanges commerciaux entre les pays européens et la terre de Shakespeare avec une renégociation des nouvelles relations et des traités de commerce dans le but de conserver au  maximum les avantages existants pour les deux partis.

La position diplomatique du Royaume-Uni doit pour certains être entièrement rénovée, comme l’estime Ian Bond, responsable des affaires internationales au Centre for European reform, pour qui « la campagne du référendum a renforcé l’impression à Washington que le Royaume-Uni n’est plus cet allié stable qu’il a été ». S’en dégage un sentiment nerveux d’ébranlement de la special relationship anglo-américaine, qui constitue l’un des piliers de l’alliance nord-atlantique. Malgré ces agitations, sources de nombreux remous dans la mare politico-diplomatique européenne, un arrêt de la contribution britannique à l’OTAN n’a jamais été envisagé, et l’ex-Premier Ministre britannique David Cameron a rassuré ses alliés sur la foi atlantiste du Royaume-Uni. Le point négatif du Brexit concernant le traité atlantique se trouve plutôt au niveau de l’interaction entre l’Union Européenne et l’OTAN, qui constitue un élément important de la défense britannique. En effet, « le Royaume-Uni a souvent fait le lien entre l’OTAN et la prise de décision du Conseil des Ministres de l’Union Européenne. Cela a favorisé le soutien de l’UE à des objectifs occidentaux communs en matière de logistique et de diplomatie », comme l’explique John Kerr, ancien représentant britannique auprès de l’UE. L’Union Européenne continuera évidemment de communiquer avec le Royaume-Uni, mais celui-ci sera exclu des prises de décision.

Un autre point noir qui pourrait affecter la puissance diplomatique britannique concerne la fracture démographique qui s’est révélée lors du vote, puisque l’Angleterre a majoritairement voté pour le leave (53% contre 47%) – excepté Londres – alors que le reste du Royaume-Uni s’est plutôt exprimé en faveur du remain (62% contre 38% en Ecosse, 56% contre 44% en Irlande du Nord). Or le poids démographique de l’Angleterre au sein du Royaume-Uni entraîne ses pays voisins hors de l’UE quelque peu contre leur volonté. Les nationalistes écossais notamment pourraient profiter du Brexit pour retenter leur chance, et les aspirations indépendantistes galloises et nord-irlandaises peuvent également s’en trouver confortées. Une séparation du Royaume-Uni affecterait indéniablement le poids diplomatique de la Grande-Bretagne.

À un niveau plus global, certains disent du Brexit qu’il est la réalisation concrète de l’échec du projet européen. Or peut-on réellement parler d’un échec de l’Europe diplomatique ? Il semble que non lorsque l’on sait que l’Europe fût créée au lendemain de la 2nde Guerre mondiale avec l’objectif – diplomatique – d’assurer la paix sur le continent. L’historien Keith Lowe employait alors ces mots : « Imaginez un monde sans institutions. Pas de gouvernements. Pas d’écoles ni d’universités. Aucun accès à l’information. Pas de banques. La loi et l’ordre sont virtuellement inexistants car il n’y a ni justice ni police […] ». La création d’une institution supranationale européenne, qui prend forme concrètement le 9 mai 1950 avec la mise en place de la CECA, est ainsi la réalisation toujours effective de l’objectif premier que s’étaient fixé les 6 pays alors constitutifs de l’Europe. De ce point de vue, la mission pacificatrice du projet européen constitue bel et bien une réussite.

Tout au long du développement européen, la Grande-Bretagne a réussi à jouer sur deux tableaux, l’un européen et l’autre mondial, en conservant notamment sa monnaie, ses frontières, sa souveraineté parlementaire et sa propre politique extérieure, ce qui lui a permis de conserver une certaine influence dans le monde et une indépendance vis-à-vis de Bruxelles qui ne fait que s’accroître aujourd’hui. Le Brexit peut présenter des conséquences néfastes pour la Grande-Bretagne dans ses relations avec ses voisins immédiats – en raison surtout d’un sentiment singulier de frustration de ces derniers – mais une fois la pilule avalée, il est fort probable que Londres se retrouve plus forte et plus indépendante qu’elle ne l’a jamais été. L’assurance et la confiance dégagée par les Britanniques lors du referendum doivent désormais être perçues au niveau des acteurs politiques et diplomatiques afin de concrétiser au mieux les aspirations populaires.

Par Cloé Freydrick, Trésorière d’Aix ONU

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