Controverses n°1: L’apocalypse que l’on attend toujours

Ils n’ont pas été rares ceux qui, oiseaux de mauvais augure (ou de mauvaise foi ?), ont promis au peuple Britannique l’apocalypse, le chaos et la destruction alors qu’ils venaient de choisir le « repli sur soi », ou plutôt la liberté, face à la chimère bruxelloise. A l’instar des Mayas qui avaient leur 21 décembre 2012, Jean-Claude Juncker a désormais son 23 juin 2016. Cependant, trois mois après la décision de nos voisins d’Outre-Manche, toujours rien.

Les réactions post-Brexit des eurobéats mondialistes auraient eu de quoi faire rire si elles n’avaient pas plutôt eu de quoi faire pleurer. Après avoir crié leur amour du peuple britannique, l’assurant de leur amitié et de leur volonté de les voir rester dans le Titanic européen, ils n’ont pas perdu de temps pour leur souhaiter la ruine. La rancune est tenace dans le camp du Remain (rester dans l’UE), celui des « gentils », celui de ceux qui rejettent la « haine » mais qui ont été les premiers à l’exprimer à l’égard du camp du Leave (sortir de l’UE). Les premiers jours post-Brexit semblaient les satisfaire, alors que les bourses mondiales dévissaient et que la Livre paraissait s’effondrer. Déjà, les Britanniques recevaient une bonne leçon, et derrière eux tous les peuples européens, mais la fête n’a pas duré. Trois mois se sont donc écoulés depuis la victoire du Leave et le bilan n’a pas de quoi satisfaire les pro-Remain. Non, malheureusement pour eux, le Royaume-Uni n’a pas explosé, son économie ne s’est pas effondrée, la City n’a pas connu d’exode des entreprises, le tunnel sous la Manche n’a pas été dynamité et les côtes d’Albion ne se sont pas hérissées de bunkers. Au contraire, l’on apprend que les bonnes nouvelles se sont accumulées pendant l’été, tant sur un plan économique, commercial et monétaire que sur un plan politique. Le plus étonnant au lendemain du Brexit a été devoir que la place boursière qui a le mieux résisté à la secousse a été celle de Londres. En effet, le Footsie 100 enregistrait le 24 juin une baisse de 6.67% alors que le Dax reculait de 8.31% et que le CAC 40 chutait de 10.04%. Après cette panique purement spéculative, la réalité économique a permis de stopper net cette hémorragie et le 29 juin, le Footsie 100 retrouvait son niveau pré-Brexit et toutes les places mondiales retrouvaient des couleurs. La livre quant à elle a effectivement enregistré une baisse durable et sa valeur actuelle est environ inférieure de 10% à son niveau de début juin. Loin de pénaliser l’économie du Royaume-Uni, cette baisse de la Livre a bien au contraire relancé la machine. Une monnaie moins chère, c’est une bonne nouvelle pour les exportations et pour le tourisme. Il n’est pas rare d’entendre ces de niers temps dans les médias que le Royaume-Uni a battu tous les records de fréquentation touristique depuis le Brexit et les hôteliers se frottent les mains alors que le taux d’occupation à Londres est passé de près de 80% en août 2015 à près de 90% en août 2016. L’année 2015 a été celle d’un nouveau record du nombre de touristes outre-Manche et 2016 vient de dépasser cette performance. Sur le plan commercial également, la chute de la Livre a été plus que profitable, puisque cela a permis d’augmen-
ter la compétitivité à l’internationale du Royaume-Uni, ses produits devenant moins chers. Le nouvel équilibre de la monnaie britannique permettra sans doute au pays de réaliser une performance économique intéressante sur le deuxième semestre 2016. Toutefois, les entreprises britanniques ne profitent pas seulement de cette nouvelle situation monétaire. Quelques jours après le résultat du référendum, Aston Martin a annoncé la construction d’une nouvelle usine au Pays de Galle avec à la clef 1 000 nouveaux emplois. Le constructeur de véhicules de luxe a précisé que cette décision avait été encouragée par le Brexit. En effet, la sortie de l’Union Européenne signifie la fin des rigidités imposées par Bruxelles, et étant donné le climat et les relations entre l’Europe et le Royaume-Uni, il semble que les acteurs économiques du pays aient décidé de se tourner vers l’Asie, alors que le gouvernement britannique retrouvera bientôt toute la liberté de traiter librement avec de nouveaux partenaires en Orient. Dans le cas d’Aston Martin, la firme souhaite pénétrer le marché asiatique dans lequel elle n’est pas encore suffisamment présente. La perspective de nouvelles commandes massives provenant de Chine notamment a donc été à l’origine de ce nouveau projet d’usine.

Sur le plan politique, il faut en premier lieu noter que le comportement de David Cameron est à saluer. Conformément à ce qu’il avait déclaré durant la campagne, il a remis sa démission à la suite de la victoire du Leave mais il a expliqué qu’il continuerait à gérer les affaires courantes du pays le temps qu’un nouveau locataire soit trouvé pour le 10 Downing Street. Durant quelques jours, le camp du Leave a semblé fébrile alors qu’aucun de ses leaders ne semblait prêt à assumer cette responsabilité. Boris Johnson, le médiatique et controversé ex-maire de Londres, apparaissait comme un candidat sérieux jusqu’à ce qu’il renonce à succéder à David Cameron. Nigel Farage, leader du UKIP, principal parti du camp du Leave, a également renoncé à assumer cette fonction. Si sa décision a été une source de déception pour beaucoup, il faut noter d’une part qu’il n’aurait pas pu s’appuyer sur une majorité parlementaire quelconque puisque le UKIP ne dispose que d’un siège à la Chambre des Communes, et reconnaître, d’autre part, que conformément à ce qu’il avait toujours affirmé, son seul but politique était de permettre au Royaume-Uni de sortir de l’Union Européenne. Une fois sa tâche accomplie, il a décidé de se retirer de la vie politique. Cette décision est à saluer puisqu’elle est un acte d’honnêteté dont devraient s’inspirer beaucoup de responsables politiques. Finalement, la nomination de Theresa May, secrétaire d’Etat à l’intérieur du Gouvernement Cameron, a rassuré les pro-Leave. Bien qu’elle ne se soit pas prononcée lors de la campagne du Brexit, ou du moins seulement par un très timide soutien au Remain par discipline gouvernementale, elle n’a pas manqué d’affirmer que sa volonté était de respecter le choix des Britanniques et de conduire le processus de sortie de l’Union Européenne à son terme. Les plus sceptiques ont pu se rassurer enfin en voyant la composition du nouveau Cabinet britannique dans lequel figurent notamment Boris Johnson aux affaires étrangères et David Davis, député membre du groupe Vote Leave qui regroupait les élus du Parti Conservateurs en faveur de la sortie de l’UE, au secrétariat d’Etat à la sortie de l’Union Européenne. Nul doute désormais que le processus est engagé et repose sur une majorité conservatrice qui se renforce dans l’opinion publique puisque les sondages montrent depuis le Brexit que les Tories ont gagné près de 5% d’intentions de vote et atteint même 45% dans certaines enquêtes d’opi-
nion, alors que le Labour stagne aux alentours de 30%.

Il ne reste alors plus qu’aux eurobéats l’espoir que le Royaume-Uni ne résiste pas à une vague indépendantiste en Ecosse et en Irlande du Nord. Dans le cas du pays de Saint- André, il ne semble pas qu’un mouvement de réaction europhile ait vu le jour. Dans les derniers sondages, le Scottish National Party, principal parti indépendantiste, ne semble pas connaître un surcroît de popularité post-Brexit et, quand bien même le « Remain » a totalisé 62% des suffrages en Ecosse, cela ne signifie pas que 62% des Ecossais souhaitent rompre l’union vieille de 300 ans avec l’Angleterre. Beaucoup de professions profitent en outre de cette sortie de l’Union Européenne, au premier rang desquelles figurent les pêcheurs, étouffés par les quotas ultra-restrictifs imposés par Bruxelles. En Irlande du Nord, où le Remain l’a emporté à 55.8%, il n’y a pas non plus eu de regain des demandes de rattachement à la République d’Irlande. Le Sinn Féin n’a pas connu de bond de popularité et les partis unionistes dans leur ensemble représentent toujours une majorité de l’électorat nord-irlandais. Notons également que sur un plan extérieur, les indépendantistes écossais ne trouvent pas de soutien réel. Si certains dirigeants de l’Union Européenne, à l’instar de Jean-Claude Juncker, ont dans un premier temps voulu encourager les dirigeants du SNP, tout ceci a été stoppé net lorsque Mariano Rajoy, premier ministre espagnol, a vigoureusement critiqué cette position de la Commission Européenne, affirmant que l’Espagne ne soutenait pas les indépendantistes écossais et que l’Union Européenne ne devait certainement pas le faire non plus. Evidemment, le gouvernement espagnol craint qu’une indépendance de l’Ecosse ne puisse redonner de l’élan aux séparatistes catalans. En conclusion, le Royaume-Uni se porte bien. Oui, trois mois après la victoire du Leave, tous les indicateurs sont au vert pour notre voisin d’Outre-Manche. Nous devrions tous nous en réjouir, que nous soyons eurosceptiques ou europhiles car il n’est pas décent de souhaiter la ruine d’un peuple, plus encore lorsque l’on est un mondialiste, amoureux des peuples, de son prochain, bref lorsque l’on est un  « gentil ». Le peuple britannique a montré la voie, et les peuples du continent européen doivent la suivre. Contrairement à ce que la doxa européenne veut faire croire aux peuples européens, il est possible de rompre avec la chimère bruxelloise. Je me risquerai même à dire que cela est possible, mais également souhaitable. Dans deux ans, lorsque le Royaume-Uni aura effectivement quitté l’Union Européenne, les arguments, souvent absurdes, que l’on attend aujourd’hui encore pour décrédibiliser le sou-
verainisme européen seront bien difficiles à défendre.

 

Par Valentin Rebuffat

 

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