Controverses N°1: Du « Brexit » et de son traitement médiatique par les médias français.

Décriés déjà pour leur couverture partielle ou partisane de nombre d’évènements d’importance, les médias français n’ont encore une fois brillé ni dans leur traitement de la campagne autour du référendum britannique sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, ni dans leur couverture médiatique du référendum les jours qui ont suivi l’annonce des résultats. Retour sur un fiasco médiatique qui a de quoi horripiler – à plus d’un titre – votre humble serviteur.

23 juin 2016, il est 10h. Je me lève, j’allume la télé, parce que je sais que les résultats du référendum britannique sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE sont enfin tombés. Enfin, parce qu’en France, les premières estimations tombent dès 20h, avec une marge d’erreur très mince. Coup de massue lorsque je tombe sur BFM TV, de même lorsque je bascule sur I-Télé, pour trouver des journalistes affolés, apeurés par les résultats du jour : le « Leave » l’emporte avec environ 51% des voix, le Royaume-Uni quittera donc tôt ou tard – d’ici 2 ans au plus tard nous annonce-t-on – l’Union Européenne. En soi, le résultat ne me choque pas : la question n’était pas clairement tranchée dans les sondages qui ont précédé le référendum, ceux-ci donnant tantôt le « Leave », tantôt le « Remain » gagnant. Seul notre Oracle national, j’ai nommé BHL, annonçait une « défaite probable du Brexit », pour mieux se ridiculiser en assimilant xénophobes et racistes aux souverainistes dans un tweet qui a fait de lui la risée du Web. En ce qui me concerne, le plus choquant dans ce « Brexit », c’est le traitement qui en a été fait par nos médias préférés, que ce soit par les JT télévisés, les chaînes d’infos en continu ou la presse. D’abord, on a voulu menacer l’électeur britannique, en lui prédisant des lendemains qui déchantent, en le « prévenant » que l’UE ferait payer au Royaume-Uni une éventuelle sortie de l’Union. Le problème, c’est que de menaces politiques émanant principalement du trio Juncker/Merkel/Hollande, mais pas très effrayantes au regard de leur action dans le dossier syrien par exemple – on est passé à de la menace « médiatique ». Nombre de journalistes se sont sentis pousser des ailes en sortant de l’impartialité relative qu’ils se devaient de respecter un minimum dans le cadre de leur profession, pour aller menacer les Britanniques en cas de sortie de l’UE. Par exemple on a vu Jean Quatremer, journaliste à Libération, à la veille du référendum dans l’émission « Europe Hebdo » (sur la chaîne parlementaire LCP) dire clairement que « pour éviter l’effet de contagion, il faut que le départ soit douloureux ». En d’autres termes, le loustic était partant pour faire payer très cher aux Britanniques un départ de l’UE : en matière de journalisme, on a vu mieux. On a d’ailleurs pu voir qu’en général, la classe médiatique française était très favorable à l’Union Européenne et plutôt pro-Remain. Du moins c’est ce qui découle du comportement de plusieurs médias dans leur couverture du « Brexit ». Nombre de titres de presse ont parlé de « gueule de bois » au lendemain du vote, laissant entendre que les Britanniques n’ont pas pris ce vote au sérieux, en maltraitant au passage le concept de plus en plus abstrait de nos jours de souveraineté popu- laire. On a même eu, le temps de quelques heures, un défilé en boucle d’interviews de « Bregretters », de Britanniques ayant regretté leur vote en faveur du « Leave», comme pour rendre encore plus illégitime un résultat qui ne plaît pas, d’autant plus qu’à partir de quelques opinions récoltées de-ci de-là de manière éparse, on a voulu monter le tout en neige et faire croire qu’il fallait un deuxième référendum sur la question du maintien. Mais la sauce ne prenant pas, et David Cameron ayant annoncé qu’il se tiendrait au résultat du référendum, les médias français se sont alors empressés de désigner une catégorie du peuple britannique comme bouc émissaire et responsable du « désastre » : les électeurs les plus âgés du Royaume. En effet, plusieurs enquêtes d’opinions ont montré que les « vieux » avaient en ma-
jorité voté pour le « Leave », là où les jeunes auraient largement privilégié le « Remain ». Ce constat sociologique est vérifié par lesdites enquêtes, toutes sérieuses et dignes de confiance. Le problème, c’est que les journalistes français se sont ensuite empressés de stigmatiser les « vieux », en les rendant coupables de tous les maux et en les accusant d’égoïsme vis-à-vis des électeurs les plus jeunes. On notera ce tweet d’Hélène Bekmezian, journaliste au Monde, qui se permet une plaisanterie de mauvais goût à propos de ces « vieux », ou encore un certain titre d’article du quotidien suisse Le Temps qui évoque une «dictature des vieux». Heureusement pour les médias français, l’Equipe de France de football étant allée très loin dans l’Euro, il y aura eu de quoi se changer les idées. Plus besoin de penser à ce monstre populaire horrible et disgracieux qu’est le référendum, parlons football ! Et tant pis si l’Equipe de France perd, nous aurons eu cet été un camion fou, deux égorgeurs de prêtre et des burkinis à gogo pour pouvoir encore regarder avec désarroi et stupéfaction du journalisme poubelle au sommet de son art, relayer en boucle les mêmes débats absurdes et surréalistes entre les différents responsables politiques du pays !

Par Matthieu Lefebvre du Preÿ

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