Controverses n°1: Cap à l’Est : tour d’horizon du V4

Le groupe de Visegrád, communément appelé V4, est un groupe de coopération composé de la Pologne, de la République Tchèque, de la Slovaquie et de la Hongrie. Depuis 1991, ces quatre pays tentent de faire entendre leur voix sur le plan international en accordant leurs décisions par l’intermédiaire de ce groupe. A l’origine, c’est notamment au sein de l’OTAN que la coopération a permis de donner plus de poids à ces quatre voisins de l’Est de l’Europe, mais aussi face à la Russie. Après l’entrée de ces pays dans l’Union Européenne en 2004, c’est au cœur de cette instance que cette organisation a repris une place importante. Aujourd’hui, les gouvernements de ces quatre pays mènent une politique européenne commune et c’est leur position ferme et unanime qui leur a notamment permis de refuser en bloc l’entrée massive de migrants sur leur sol, alors même que la crise migratoire frappe le reste de l’Union. Mis à part en République Tchèque, qui connaîtra des élections législatives en octobre 2017, les pays du V4 sont dirigés par des gouvernements eurosceptiques, de gauche comme de droite.

Longtemps parmi les bons élèves de l’Union Européenne, les pays du V4 sont aujourd’hui ceux qui en Europe font preuve de l’euroscepticisme le plus marqué. Il est tout à fait clair que les pays de l’Est ont largement profité des aides accordées par l’Union Européenne depuis leur entrée en 2004. Cependant, la position des quatre voisins a bien évolué, et ce en même temps que leurs rapports avec l’OTAN. Plus question désormais d’entendre parler d’une évolution de l’intégration européenne, encore moins d’une entrée dans l’Euro (mis à part pour la Slovaquie qui a adopté la monnaie unique en 2009), alors même que les aides européennes diminuent et que Bruxelles veut imposer des quotas de migrants aux pays membres. En résumé, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie profitent des fonds accordés par l’Union Européenne ainsi que de certaines directives (dont la directive des travailleurs détachés) mais aussi du parapluie nucléaire de l’OTAN. En dehors de cela, toute idée de fédéralisme européen est rejetée et l’atlantisme relativement zélé des 20 dernières années est désormais bien plus mesuré.

En Pologne, l’année 2015 a été marquée par la victoire successive du parti eurosceptique et conservateur Droit et Justice (PiS) lors de l’élection présidentielle avec l’accession à la présidence de la république d’Andrzej Duda, élu face au président sortant Bronisław Komorowski, membre du parti europhile Plate Forme Civique (PO), mais également lors des élections législatives qui lui ont conféré une majorité absolue à la Diète ainsi qu’au Sénat. Pour la première fois depuis la chute du régime communiste, un parti a obtenu à lui seul la majorité absolue dans les deux chambres du Parlement. Rapidement, le nouveau gouvernement, dirigé par Beata Szydło, a montré son enthousiasme très mesuré vis-à-vis de l’intégration européenne puisque les drapeaux européens ont symboliquement été retirés de tous les édifices gouvernementaux et ne sont plus utilisés lors des conférences de presse officielles. Evidemment, ce gouvernement eurosceptique n’a pas tardé à faire peur aux technocrates bruxellois mais aussi à la presse qui n’a pas perdu de temps pour tirer à boulets rouges sur cette nouvelle menace souverainiste venue de l’est. C’est alors qu’une campagne de désinformation a été menée tambours battants concernant la réforme de la télévision publique. Alors que le gouvernement Polonais souhaitait renforcer son droit de regard sur les chaînes publiques, pour arriver à un niveau de contrôle proche de celui que l’on connaît en France, la presse, usant de raccourcis honteux, nous a expliqué que toute la presse du pays allait être contrôlée et censurée. Il n’en était évidemment rien, de même que les prétendues manifestations de protestation dans les rues des grandes villes de Pologne. Bien loin d’un mouvement de rejet du nouveau gouvernement, la popularité de ce dernier est restée intacte et les dernières enquêtes d’opinion donnent jusqu’à 41% d’intentions de vote pour le PiS dans l’optique des prochaines élections législatives de 2019, contre 37.58% en 2015. Evidemment, de tels sondages à trois ans du scrutin étudié et seulement un an après le précédant ne valent pas en tant que chiffres absolus mais ils nous donnes une information importante : la popularité du gouvernement, loin de s’effriter, se renforce. L’échiquier politique polonais a, par ailleurs, été largement bouleversé par les dernières élections puisque plus aucun parti de gauche n’est représenté au Parlement, étant donné que la coalition de gauche n’a pas atteint la barre de 8% des suffrages nécessaires pour obtenir des sièges selon les règles électorales en vigueur. C’est donc Plate Forme Civique, classé au centre-droit, qui siège à l’extrême-gauche du Parlement Polonais.

En Slovaquie, les dernières élections législatives de mars 2016 ont débouché sur un recul important du parti Direction – Social-Démocratie (SMER-SD) du premier Ministre Robert Fico. Ce dernier a fait parler de lui ces derniers mois du fait de ses prises de posi-
tion contre l’évolution de l’intégration européenne et contre l’arrivée de migrants dans son pays. Ainsi, il a déclaré que la Slovaquie n’accueillerait aucun migrant et continuerait de les refuser sur son territoire. Ayant perdu sa majorité, le parti de Robert Fico a du trouver les moyens de former une coalition majoritaire au sein du Parlement. C’est avec le Mouvement pour une Slovaquie Démocratique, parti de centre-droit, et surtout le Parti National Slovaque que le premier Ministre gouverne désormais. Le PNS, parti de droite populiste, a soutenu le discours eurosceptique et anti-migrants de Robert Fico et n’a donc eu aucun mal à accepter d’intégrer la coalition gouvernementale. Il est à noter que cette alliance a valu au SMER-SD d’être menacé d’exclusion du Parti Socialiste Européen, menace qui n’a d’une part abouti sur aucune sanction et qui n’a, d’autre part, pas découragé le chef du Gouvernement slovaque.

Au sud de la Slovaquie, la Hongrie de Viktor Orbán apparaît comme l’enfant terrible de l’Europe de l’Est. Les déclarations du premier Ministre hongrois ne manquent pas d’exaspérer Bruxelles, entre euroscepticisme affirmé et revendiqué, et refus catégorique de l’accueil des migrants. En 2014, son parti, le Fidesz, totalisait 44.87% des suffrages et remportait 133 des 199 sièges du Parlement, devant le Parti Socialiste Hongrois. Deux ans après, l’électorat hongrois sanctionne positivement l’action de Viktor Orban puisque le Fidesz est crédité d’au minimum 43% des suffrages dans l’optique des élections de 2018, et les intentions de vote atteignent jusqu’à 56%. Derrière, il faut noter que le Parti Socialiste s’effondre et que c’est le Jobbik, parti d’extrême-droite parfois qualifié de néo-nazi, qui prend la deuxième place dans les enquêtes d’opinion, totalisant 22% des intentions de vote contre environ 15% pour les socialistes. Peu de suspens donc sur les prochaines échéances électorales dans le pays, et sur le maintien de la politique de refus des migrants de l’Etat Hongrois.

La République Tchèque est donc le seul pays du Groupe de Visegrád à ne pas être dirigé par un gouvernement eurosceptique. A la suite des élections législatives de 2013, c’est le Parti Social-Démocrate Tchèque qui a eu pour mission de former le gouvernement, en coalition avec le parti ANO 2011 et l’Union Démocrate-Chrétienne. Si les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens affirment une position europhile, la présence dans la majorité gouvernementale du parti ANO 2011 a eu de quoi mitiger cet enthousiasme vis- à-vis de Bruxelles. Bien que l’ANO 2011 ne soit pas un parti fermement eurosceptique, c’est dans cette direction que son discours tend à s’orienter. C’est par ce changement de positionnement que le parti a su affirmer sa place de favori pour le scrutin de 2017. En effet, il existe de nombreux partis en République Tchèque, et nombreux sont ceux qui peuvent espérer gagner des sièges au Parlement. Parmi eux, les partis eurosceptiques sont divisés et il est possible d’en compter quatre principaux, dont le Parti Démocratique Civique (ODS) qui semble pouvoir espérer se placer en quatrième, voire en troisième position du scrutin avec près de 12% d’intentions de vote. Les trois autres partis ne dépassent pas les 5% d’intentions de vote. Il est possible d’imaginer qu’une coalition entre l’ANO 2011, qui semble en position de totaliser près de 28% des voix, et l’ODS puisse émerger au lendemain du scrutin d’octobre 2017. Le virage serait alors clairement eurosceptique, ce qui rejoindrait d’une part la position des autres pays membres du V4, mais ce qui rejoindrait également le discours du président de la République Tchèque, Miloš Zeman, premier président élu au suffrage universel direct dans le pays. Il faut se souvenir qu’à la suite de la victoire du «Leave » au Royaume-Uni, le chef de l’Etat Tchèque s’est prononcé en faveur de l’organisation d’un référendum sur la sortie de la République Tchèque de l’Union Européenne. Si son pouvoir est très limite, son élection au suffrage universel direct lui a permis de donner plus de poids à sa prise de position, et une victoire des eurosceptiques en 2017 pourrait rendre plus que crédible l’organisation d’un référendum sur un éventuel « Czexit ». Finalement, pour les souverainistes de tous horizons, le salut semble pouvoir venir de l’Est de l’Europe. N’oublions pas qu’en juin, le président polonais, Andrzej Duda, a demandé à ce qu’un nouveau référendum soit organisé au Royaume-Uni. Ne nous méprenons pas : le gouvernement Polonais craint en réalité que le Brexit, en conduisant au retrait de l’Union Européenne du plus puissant pays eurosceptique du continent, ne facilite la poursuite du projet fédéral européen. Désormais, c’est donc au Groupe de Visegrád qu’incombe la tâche de représenter le contrepoids au fédéralisme européen.

 

Par Valentin Rebuffat

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