Controverses n°1: Brexit : «Eire» I am !

Le Vendredi 24 juin au matin, l’Europe entière s’est réveillée avec la gueule de bois. Cependant, très peu de médias français se sont intéressés aux répercussions de la secousse à quelques kilomètres à l’ouest de Londres. Petite analyse d’une ancienne « aixpate » au pays de la Guinness.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il serait pertinent de revenir brièvement sur les origines de cette situation. Lors de l’annonce de l’organisation du referendum par Da-
vid Cameron, un gaulliste aurait pu répliquer sur un ton sarcastique « je vous avais prévenu ». Tout le monde garde à l’esprit l’idée du cheval de Troie. En 1975, deux ans à peine après leur accession à la CEE, les Britanniques organisent un referendum sur le maintien ou non dans la communauté. Le Royaume-Uni a toujours été l’enfant terrible de l’Union même si les institutions européennes sont loin d’être parfaites et doivent être réformées en profondeur. Face à un Royaume-Uni qui opte pour une Union à la carte, le petit frère irlandais apparaît comme le bon élève européen. Ces deux pays sont liés par un passé colonial tumultueux. Les Irlandais ont vu l’entrée dans l’Union en 1973 comme un moyen de s’émanciper de la tutelle britannique mais les destins économiques des deux îles restent intrinsèquement liés au sein de l’Union. A l’heure où le Royaume-Uni a décidé de prendre le large, quelles options s’offrent à l’Ile d’Emeraude ?

Le premier problème qui perturbe le plus la République d’Irlande ,suite au Brexit, est la question de l’Irlande du Nord. En votant «leave », les Britanniques ont oublié qu’il y a quelques décennies, cette question était l’une des menaces les plus importantes en matière de sécurité intérieure. Depuis 1973, la CEE puis l’UE a permis de rétablir des relations diplomatiques plus saines car les deux pays sont obligés de communiquer fréquemment lors des réunions du Conseil. Après plusieurs décennies de conflits indépendantistes sur fond de divergences religieuses, le Good Friday Agreement de 1998 a permis de mettre fin à cette guerre civile grâce à la médiation des autres pays européens et des Etats-Unis. Contrairement à ceux que de nombreux Britanniques ont voulu croire, l’Union Européenne reste un vecteur de paix. Ainsi, le Brexit risque de relancer la question épineuse de l’unification entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Cette question sensible pourrait mettre à mal la stabilité relative qui existe entre communautés protestantes et catholiques en Irlande du Nord depuis près de vingt ans. Les médias français ont utilisé des raccourcis en affirmant que les demandes de nationalité irlandaise en Irlande du Nord ont explosé depuis l’annonce du Brexit. Or, la problématique est beaucoup plus subtile. Certes, des Nord Irlandais catholiques se sentent profondément européens et souhaitent maintenir ce lien à travers la République d’Irlande. Toutefois, des Nord Irlandais unionistes et protestants sont fortement attachés à la couronne britannique. L’Irlande du Nord est également liée à une question de frontière car il s’agira de la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. Va-t- on voir le rétablissement de check-points entre les deux Irlandes ?

Le Brexit sera également lourd de conséquences pour les femmes irlandaises. Il faut savoir qu’en République d’Irlande, une femme qui se fait avorter risque jusqu’à 14 ans d’emprisonnement. De ce fait, la plupart des femmes irlandaises ,qui en ont besoin, se font avorter dans les hôpitaux londoniens. Lors de la signature du traité de Maastricht, l’Irlande a obtenu une dérogation par le protocole 17 pour maintenir cette interdiction en invoquant la libre circulation des personnes et des services au sein de l’Union. Autrement dit, une femme irlandaise est totalement libre de se faire avorter… mais après avoir fait ses valises. Le Brexit rend donc la situation des femmes plus difficile. Elles devront se faire avorter à Amsterdam ou à Paris rendant ainsi l’accès à ce droit de plus en plus compliqué pour les femmes les moins favorisées.

Sur le plan économique, qu’on veuille le croire ou non, le Brexit a accentué les instincts nationaux. Qui bénéficiera de la fuite de nombreux financiers de la City ? Paris ou Francfort ? Mais très peu d’analystes français ont tout de suite pensé à Dublin. L’Irlande, membre de la zone euro, pays anglophone, bénéficiant d’une relation économique très étroite avec le Royaume-Uni et ayant une croissance favorisée par un fort dumping fiscal (12% pour l’impôt sur les entreprises) pourrait être l’option pour de nombreuses entreprises. Qui a dit que l’Irlande reposait uniquement sur ses supporters exceptionnels pendant l’EURO de football?

Par Anifa Hassani

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